CR 6666 Occitane

11 & 12 juin 2016

Or donc, pour fêter mes 41 ans tous frais tous moulus (woohoo !) et aussi un peu pour préparer la Transpy j'ai participé à ce petit trail sympatoche appelé 6666 Occitane. J'avais déjà fait le même genre de chose 3 semaines avant au Grand Raid 73 , là c'est pareil, sauf que c'est un peu plus long, un peu plus de dénivelé, mais le concept est identique : je participe à une course "normale" de type trail long, avec un équipement surdimensionné me permettant de gérer une autonomie quasi totale, dans le but de vérifier que ledit équipement est fonctionnel, et aussi passer du bon temps. Parce que quand même, faut pas déconner.

La 6666, c'est "environ" 6666 mètres de dénivelé (doit y avoir 7000) et environ 120 bornes en distance. On n'est pas dans le "100 miler" type UTMB mais ça reste respectable. Temps limite, 31h.

Logistique

Un peu compliqué de rejoindre le départ. J'ai opté pour le train mais Roquebrun est vraiment paumé... Je travaille le lundi donc si je louais une voiture pour aller de Bézier à Roquebrun il faudrait conduire au retour, seul, et j'ai peur de m'endormir au volant. Bon bref, il y a bien des cars mais ils ne circulent pas le dimanche. Pinaise, pas simple. Au final je prévois de prendre le car à l'aller, je le rate, me ruine dans un taxi (au demeurant très sympa) et pour le retour je m'inscruste dans une voiture, grand merci à cette charmante dame qui m'a gracieusement ramené à la gare SNCF.

Le camping Campotel est très bien, bon acceuil, on m'avait prévenu le sol est un peu sec et les sardines se font prier pour rentrer entre les cailloux, mais dans l'ensemble, c'est cool.

L'organisation est quasi familiale, bonne petite bouffe simple la veille, pas de puce mais un dossard en papier à l'ancienne, c'est bien comme j'aime.

Départ

Je suis facilement identifiable car comme au Grand Raid 73 j'ai mon équipement volumineux, le gros sac et tout le tralala. Sur Argenteuil (chez moi) je l'ai pesé. 9kg à sec. Aouch. Avec le 3L d'eau, ça fera 12kg. Un peu trop lourd. En vérité dès le départ le lourde le débardeur "que j'avais pris en cas de grand froid" ainsi que le collant long "bien épais pour les grands froids". J'aviserai sur la Transpy mais là, sans rire, c'est vraiment trop, et en les enlevant je dois bien gagner 1kg. Ce qui nous laisse avec un beau bébé entre 6,5kg et 11kg (6,5kg de base + 1,5kg de bouffe + 3kg d'eau).

Au début
Un trail commence *toujours* par une bosse. Je ne connais pas d'exception crédible.

Je cause avec un ou deux transpyreurs pendant le début de la matinée, puis assez rapidement : je suis tout seul. Et en fin de peloton. Pas de raison de paniquer, tant que je ne vois pas de serre file, ça doit être bon.

J'ai un dispositif diabolique qui me permet de charger le GPS à l'énergie solaire, tout en disposant d'une bonne réserve d'énergie. En gros ça fait : panneau solaire -> batterie 9000mA -> GPS. Du coup si y'a plus de soleil, la batterie permet de tenir le coup (à vue de nez, plusieurs jours...) et si y'a du soleil, c'est tout bénef, ça recharge tout seul. Le panneau peut paraître superflu mais en vérité, lui, il est très léger. C'est la batterie qui est lourde, et là, pas le choix, aucun miracle technologique : les gros packs de lithium, ça pèse son poids. L'avantage c'est que j'ai 100% du temps le parcours sur les yeux. Ici ça sert à rien car c'est super bien balisé, mais dans les Pyrénées, ça sera pas la même blague. Détail qui a son importance : tout ce dispositif est censé être "renforcé" (rugged) donc résistant à la pluie, aux chocs, etc. Enfin, c'est ce que raconte le fabriquant.

Le feu aux fesses

1er ravito. Bon, la bonne nouvelle c'est que tout le monde est sympa (ça, c'est plus une surprise, à chaque fois c'est pareil) et y'a plein à manger. Saucisson, jambon, amandes, fromages, cacahuètes, eau, eau gazeuse, coca, bref, celui qui ne trouve pas son bonheur est un personnage compliqué.

D'ailleurs, j'ai décidé de tenter le coup "sans coca". Pour voir. Je soupçonne fortement que ce qui est bon pour une excursion d'une journée ne l'est pas pour 15 jours. En gros, boire du coca tout le temps, à mon avis, au bout de 2 semaines, c'est contre productif, donc autant prendre l'habitude de tourner à l'eau claire. C'est un coup à prendre mais ça marche très bien, et si on y pense, c'est ce qu'on fait naturellement à chaque repas. Du solide plutôt varié, salé et sucré, et de l'eau plate. Et en voiture Simone.

Je vais pour partir du ravito quand j'apprends que... le serre file arrive. Ah ouais, quand même. J'ai pas une avance de malade là. Mais bon, rien ne presse, après tout il est derrière, s'il me dépasse, j'aviserai, mais pour l'instant, je suis devant. Ha ha !

Bienvenu au paradis

Des cailloux
Dans certains coins on peut compter les moutons pour s'endormir. Ici, on peut compter les cailloux.

Le soleil commencerait presque à cogner, mais l'action conjointe de la végétation, une petite forêt sympatoche, et de la couche nuageuse, juste épaisse comme il faut pour ne pas menacer de pleuvoir mais empêchant le cagnard de nous faire du mal, font que, bah, c'est juste parfait. Il fait beau, pas trop chaud, le régal 2.0.

Gorge de Colombières
C'est pas mimi tout ça ?

On remonte les superbes Gorges de Colombières et là, franchement, je reconnais que j'aime bien courir sur circuit, mais là c'est autre chose. Mais disons que, niveau compagnie, faut aimer les cailloux. Si on aime les gens, il faut faire du 24h, du 6 jours. Si on aime les paysages, il faut faire du trail. Et si, plus spécifiquement, on aime les cailloux, il faut faire la 6666 Occitane. Parce que les cailloux, par là-bas, ça pousse bien.

D'ailleurs...

Le plat de résistance

Après un ravito censé marquer la mi-course, ravito auquel j'entends un coureur râler que l'eau est trop tiède (hé, gros malin, comment tu fais pour garder des dizaines de litres d'eau au frais en quasi plein air avec deux ou trois tentes pour se protéger ?) et que "y'en a pas assez pour les derniers" (donc je répète, il y a : du saucisson, du fromage, du pain, des cacahuètes, des gâteaux...), après ce ravito, fort bien fourni, il y a, hum, comment dirais-je, une "p*tain de côte".

Au milieu
Au beau milieu du parcours, en pleine action. Je n'arrive pas à me "défoncer" en trail, mais c'est pas grave, on s'amuse quand même.

Bon, on le sait, quand on fait un trail réputé technique, engagé, tout ça tout ça, qu'à un moment, ça va piquer. Mais là, ça pique quand même un peu. Mais je suis zen car j'ai désormais 1h30 de mou sur la barrière horaire, donc je suis tranquille. Je monte sans m'énerver, sans trop mollir, et voilà. Je rattrape du monde, même ! J'imagine que ce sont surtout ceux qui "décrochent" et s'en vont buter derrière sur le temps limite, car honnêtement, j'ai pas accéléré.

À quelques moments, j'attrape un peu les cailloux avec les mains, et j'ai une ou deux hésitations du type "mais il est où ce foutu chemin ?" mais rien de dramatique. Dans l'ensemble, c'est très bien balisé, et si certains passages sont raides, c'est rarement (voire jamais) hyper aérien et flippant, du genre à vous donner le vertige. C'est juste que, bon, plutôt que de faire des lacets pour les parisiens, le chemin file quasi tout droit dans la pente, et c'est marre.

Début de soirée

Suite à cette épique montée, je croise un coureur en rade à un carrefour, il a une cheville en vrac. Je note son dossard mais oublie de noter sa position avec le GPS, pourtant c'est simple, suffit d'appuyer sur un bouton... En arrivant au ravito suivant, 50 minutes plus tard (oui, sont espacés, et je vais pas vite) j'essaye de décrire sa position mais ça vaut pas un vrai "pinpoint" électronique. J'ai été bête sur ce coup-là. J'imagine qu'à l'heure où j'écris ces lignes il est enfin sorti de la montagne, mais tout de même...

En partant du ravito, très sympa encore une fois, j'allume la frontale, c'est la nuit, et nous attend, paraît-il, la meilleure (ou la pire, tout dépend du point de vue) descente du parcours. Effectivement, c'est bien la copine de la côte de tout à l'heure. Au début elle est tendre et puis vas-y que ça devient raidasse de partout. Encore une fois, rien de spectaculaire, mais juste, faut regarder où on pose les pieds et ça chauffe les cuisses. Bizarrement, je reprends du monde en descente. Et ça, c'est le monde à l'envers, normalement, c'est écrit dans la règle du jeu "je ne sais pas descendre". Je pense que c'est le sac qui m'alourdit, me ralentit, et me fait passer vers une fin de peloton qui, statistiquement, est moins aguerrie à l'exercice. Enfin bon, c'est cool, j'ai presque l'impression de savoir faire, c'est cool.

Ambiance boîte de nuit, ou plutôt, fête de village, une fois qu'on est en bas... puis on remonte, et re-la-descente-toute-pourrite et là je me dis que j'ai bien choisi mon événement. Je ne sais pas si on en aura des pires sur la Transpy. Probablement que oui, et c'est certain qu'on en aura des plus longues, surtout. Mais déjà, celle-ci est un bon entraînement. Dommage que je passe la nuit, je pense que certains coins auraient été chouettes, niveau paysage. Il y a pas mal de passages de ruisseaux et torrents. Je vous ai dit que les cailloux poussaient bien dans la région ? Oui, je crois que je l'ai déjà dit. Ils appellent ça "Le Carroux" par ici. Un endroit que je n'oublierai pas.

Midnight express

Petit ravito au milieu de la nuit. J'ai (presque) deux heures d'avance sur la barrière en rentrant dans le ravito. J'en profite pour ne pas me stresser, je mange bien, il y a de la salade de riz, des oeufs dur, des toilettes, et même des douches pour les coquet(te)s. Que demande le peuple ?

Après avoir perdu une grosse demi-heure dans ce havre de paix (où j'ai l'impression, blague à part, que les autres ont encore davantage traîné que moi, en moyenne...) j'attaque une petite section plate. Et bizarrement, mais à chaque fois c'est pareil, c'est là que je suis le plus lent. Moi, le routier endurcit, je me fais distancer par les traileurs sur le plat, pour me rattraper dans les côtes voire, c'est le comble, dans les descentes. Va comprendre. Mais c'est clair, ça me gave de courir ici, le sac qui pèse une tonne, la fatigue, le gain qui m'apparaît dérisoire (un malheureux km/h) entre courir et marcher d'un bon pas.

Du coup je marche. Et comme y'a rien à faire, pas de parcours à chercher, pas de pièges sur le chemin. Eh bien je somnole. Je zig-zague d'un bord à l'autre du chemin. La fin de cette portion me rassure, je me réveille dès que ça monte, et à la fin de la montée, tagada tsoin-tsoin, il fait jour, la nuit est finie, hop, le tour est joué. C'est bien les nuits d'été, c'est quand même plus facile à gérer qu'un mois de Novembre, sans parler de Décembre .

The final countdown

Il fait donc jour, et on entre donc dans le dernier ravito avec du manger et tout et tout. Petite déception car j'avais cru comprendre qu'il y avait 115 bornes mais en fait il y en a 120. Du coup je pensais qu'il restait 16k mais en fait il reste 15k jusqu'à un point d'eau puis 6k et bref -> je finis par me dire que j'en ai rien à caler de ces conneries : ça va monter ça va descendre et on verra bien quand ce sera fini.

La stratégie est plutôt bonne, au moins, on ne stresse pas. Les coureurs que je croise ont un peu changé de tête, je pense que j'en ai laissé quelques-un derrière mais curieusement je ne m'éloigne pas de la barrière horaire. Elle aurait même tendance à se rapprocher, la farceuse. J'espère que tout le monde arrivera tout de même à bon port, j'ai croisé des gens sympathiques en route, par exemple deux parisiens rigolards dont l'un a fait une bonne partie du parcours en slip. Les coureurs d'ultra sont souvent des gens un peu particuliers.

À un moment je pense qu'un type va me rattraper puis... je ne le vois plus du tout. Encore un qui a raté un virage. Le GPS n'est pas un luxe, il ne sert que 3% du temps, mais quand il sert, il sert bien, ça évite de marcher 10 minutes dans la mauvaise direction et/ou de faire demi-tour pour rien quand on panique.

Dernier point d'eau. Je tape le carton avec les bénévoles. Bla bla bla.

À la fin
Ma bouteille de pif m'attend là, à 15 mètres. Le petit finish en plein soleil un dimanche midi, ça ne gâche rien.

Et puis je repars. Il fait un soleil bien pétant, et ça commence à chauffer. Objectif #1, finir. Ça, c'est bientôt fait. Objectif #2, ne pas me griller. Ça, mieux vaut être prudent. Je lève le pied, perd entre 5 et 10 places au scratch sur même pas 7 km, mais l'objectif, le vrai, c'est de faire une belle Transpy, pas de jouer au héros ici.

Je fini donc tranquille, heureux, j'ai gagné une bouteille de pinard, je suis à l'heure pour l'apéro (juste avant midi), fourbu mais pas hors d'usage, on me dirait de repartir pour un tour, je signe en bas de la feuille, pas de soucis.

Bilan

J'ai testé sur ce parcours les Hoka Tor Ultra que j'avais achetées en janvier. C'est du bon matos, mais comme je le craignais, un poil fragile. L'avant est à moitié bouffé et la gomme a sacrément morflé à l'avant du pied, alors qu'elles ont même pas 200 bornes en tout. Sur la Transpy, une seule paire passe à peine, je pense. Je pense qu'elles seront dans mon sac "suiveur / drop bag", et ce sera mon "premier second choix" car elles sont confortables, grippent bien la caillasse, assez légères, et comme je me suis habitué à me déplacer avec des montantes : je ne ressens aucun inconfort, et ça protège les chevilles, un truc de ouf. Mon avis : les chaussures de trail, c'est bien quand on se déplace au moins à 6 ou 7 km/h. En dessous (et ce sera mon cas sur la Transpy) c'est plus le meilleurs compromis, mieux vaut se tourner vers de la grolle de rando traditionnelle.

Le sac-à-dos, j'ai trouvé quasi le réglage idéal, j'ai longtemps cherché sur les 50 premiers kilos, puis j'ai foutu les bidons au niveau des sangles sur les épaules, montage ad hoc, ne ballote pas, facile d'accès, le pied. Le poids, bah ça pique aux épaules mais le problème est très localisé, c'est un soucis de "contact" comme on en a sur tout ultra (dessous des pieds en trail, ischions en vélo) mais rien de grave. Je veux dire, c'est le genre de douleur qu'on peut traiter par le mépris, pas comme un problème structurel type tendon en vrac, genou farceur, dos bloqué etc. etc. Quelques heures après la course je pouvais porter à nouveau mon gros sac de 30kg sans soucis, pas de séquelles, rien.

Dernier détail, j'ai remarqué que ce qui crame les épaules, c'est pas tellement le poids que le fait de courir. En gros, on peut marcher avec 20 kg sur le dos, sans avoir l'impression de dépasser la limite, la preuve . Mais courir avec 10 kg, c'est plus douloureux. Je pense que pour comprendre comment ça marche, il faut imaginer un doigt avec un marteau. Si on pose son doigt sur une table, et qu'on pose le marteau dessus, rien ne se passe. Si on pose le doigt sur la table, et qu'on cogne avec le marteau, là, c'est différent. Ben les épaules c'est pareil. Si les bretelles ne sautillent pas, s'il n'y a pas de chocs (le cas de la marche) alors c'est OK. Si on se dandine, le problème est différent...

Le GPS et la batterie : j'ai eu un moment de panique en début de soirée : 20 points de batterie bouffés en 16 heures... À ce rythme là la batterie complète tient à peine 3 jours ??? Sauf que... quand il est sur USB, le GPS croit qu'il est sur secteur donc par défaut, il active le rétroéclairage. J'ai changé le réglage et hop, sur les 14 heures qui suivent : 5 points. À ce tarif là on tient 200 heures sans forcer. Sans compter que normalement, le panneau solaire recharge le truc en vol. Et en plus ça peut recharger le téléphone en appoint, bref, je crois bien que je valide le gadget.

Et la ballade ? La ballade, terrible, la ballade, exceptionnelle ! N'allez pas là-bas pour choper vos points pour l'UTMB. Allez-y pour la course elle-même, c'est joli, bien organisé, rien à dire, merci monsieur Antoine Guillon, son équipe et tous les bénévoles, c'est du bon boulot tip top cette affaire.

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Mis à jour le mercredi 15 juin 2016.