CR BRM 600 Montigny

14-15 juin 2014

Ah, un bon brevet 600. Un vrai, j'aime bien ce 600 Montigny, que j'ai déjà fait en 2011 , et comme j'ai apprécié, j'en redemande. C'est un brevet que je trouve difficile. D'une part parce qu'il est sur les traces de Paris-Brest-Pars dans la mesure où c'est à peu près le même parcours (sauf qu'on s'arrête aux portes de la Bretagne) et donc il y a... du dénivelé. D'autre part, le départ à 5h00 du matin, ça me contraint à partir de chez mois vers 3h00 pour être sur place à 4h30. Bah oui, pour 30km je ne vais pas y aller en voiture. Tout de même, soyons raisonnables. Donc réveil à 2h00 du matin. Comme, invariablement, la veille, je me couche trop tard, par exemple vers 23h00, ça ne rate jamais, je prends le départ déjà fatigué. C'est un sain entraînement. Exigeant mais ravigorant.

Je veux y voir clair

Suite à mon dernier 400 à Laval j'ai décidé que cette fois, c'est fini, je ne roule plus dans le noir. Je vous explique : il existe des éclairages modernes pour vélo avec une dynamo dans le moyeu et des petites lampes à diodes bien puissantes. Quand on y a goûté, on a du mal à s'en passer. J'ai ce type de matos sur le vélo que je prends tous les jours pour aller au boulot, et sur mon vélo d'entraînement, un VTT monté route (train de pneu sans crampons). Donc je *sais* que ça éclaire très bien. Mais sur mon vélo de route, le carbone avec lequel je fais les brevets, j'ai des lampes à piles. Pourries, sans puissance. Je vous fais le calcul : un pile rechargeable AA LR06 "de base" a une capacité, mettons, de 2700mA.h. C'est ce qui est marqué sur les rechargeables. Avec une tension de 1,2V. Les alkalines ont des chiffres un peu différent, et c'est potentiellement différent selon les marques et modèles, mais on cherche ici un ordre de grandeur, c'est tout. Cela fait donc, sauf erreur de ma part, "2,7A.h*1,2V=3.24 W.h". Or donc, la dynamo, elle, débite 3W. C'est ce qui est écrit dans la doc. Donc une énergie totale de 3W.h sur une heure, pas si éloigné des 3,24 trouves précédemment. On en arrive à cette conclusion toute bête : pour alimenter la lampe avant (et la lampe arrière, certes moins puissante) *aussi fort qu'avec la dynamo* et pendant une heure, il faut environ 1 pile AA LR06 (les plus courantes). Des AAA LR03 (les petites), il en faudrait encore plus (le double?). Pour une nuit de 6 heures, la plus courte concevable en France, il faudrait 6 piles. Sur une lampe à trois piles, ça fait 2 jeux de piles en une nuit. Courte. Sur une nuit de 12 heures, c'est 12 piles. Sur un brevet 1000, mieux vaut partir avec un paquet de 20 piles neuves... Évidemment, on ne consomme jamais autant de piles, les lampes à piles sont soit moins puissantes, soit utilisent des batteries au lithium qui 1) coûtent un bras, 2) sont impossibles à recharger dans l'épicerie du coin et 3) pèsent un âne mort, quel que soit le sens dans lequel on prend la question. Bref, pour rouler loin et seul la nuit, une seule solution, la dynamo. Et donc j'ai commandé le bidule sur Internet 4 semaines avant, sur un site très respectable en qui j'ai confiance, et... seule une moitié du colis est arrivé. Le colis était en deux parties, l'une des deux est restée coincée au dépôt en France. Motif : adresse incorrecte. Bizarre, je n'ai aucun doute sur l'expéditeur, en plus tout est étiqueté par une machine avec codes barres et tout le tralala, comment cela a pu se perdre? Bon bref, ils l'ont expédié à nouveau, je vais recevoir ma roue magique bientôt mais, le jour du brevet, je ne l'avais point. Alors, un brin énervé, j'ai décidé de faire le brevet avec mon biclo d'entraînement, qui à défaut d'être léger, éclaire bien. Lui, il a une dynamo, pas comme mon vélo de route.

C'est pourquoi j'ai pris le départ avec un VTT de 15 kilos. Et paf.

Souvenirs

Ah... que de bons souvenirs... Je me rappelle le départ il y a 3 ans, on avait eu le vent dans le nez. Là, il souffle dans le dos. Bon, admettons. Autre différence, je suis désespérément seul. Je suis parti après le gros du paquet, pas pressé non plus, convaincu que je n'aurais pas accroché un groupe avec mon mulet de vélo, et puis de toutes façons il aurait fallu que je me presse comme un malade au départ, c'est pas mon style. Donc je roule seul un moment, puis je croise un compagnon de route avec qui ça accroche à peu près, de mémoire il s'appelait Nicolas, mais je peux me tromper.

Ce sera son premier PBP l'année prochaine, il a commencé le vélo récemment, je le regarde pédaler, il se débrouille bien, il a tout pour réussir, il fera un bon PBP, j'en suis convaincu. Ancien rugbyman, il a la fibre du baroudeur. On cause, on cause et... aïe, il se fait piquer par une guêpe! Caramba, c'est pas de pot, près de l'oeil, en plus. Bon, Mortagne n'est pas loin, je l'accompagne là-bas. Pendant qu'il va à la pharmacie, je fais les courses. Jambon aux herbes, jambon sec, et baguette tradition bien fraîche. Cela me prend des plombes, c'est samedi. il fait beau, c'est l'heure de l'apéro, il y a une queue monstre à la boucherie. Bon bref, la pharmacienne a extrait un bon dard bien moche de la tête de mon compagnon de route, il n'a pas l'air allergique, cela se termine bien. Tiens, un passant nous aborde, il est cycliste lui aussi, il taquine le BRM. On sympathise. On déguste notre repas au pas de charge, et on repart, comme en 40.

Sur ce, crevaison.

Bon, je l'attends, évidemment, je ne vais pas le laisser tomber maintenant. Heureusement qu'il a des chambres de rechange car moi j'en ai... mais format VTT, du 26 pouces, et en plus adapté à de la section 60mm (les plus grosses en vente, quasiment).

Sur ce, enfin, on se remet en route. Une bonne heure perdue à Mortagne, mais bon, il fallait bien instruire les problèmes en cours.

Seul à nouveau

Char d'assaut
L'un de ces deux véhicules roule comme une enclume, aide tes amis à le retrouver. Noter que ce passage du brevet est remarquable, on ne l'oublie pas, il jalone ne bosse mémorable, et relativement saignante, je trouve.

Peu avant la nuit, nous nous séparons, mon camarade de jeu a un coup de mou, et moi j'ai la bougeotte. Je sens confusément que je suis à la bourre sur mon horaire prévu. Idéalement je voudrais être de retour vers le lendemain midi, soit à peine plus de 30 heures de route, mais ça n'en prend pas le chemin car malgré le vent dans le dos, on dépasse à peine le 20 km/h de moyenne. Je connais la musique, la nuit va prélever son tribu, et qui dit vent dans le dos à l'aller dit vilain vent de face au retour. Avec mon tank et sa prise au vent maximale, je vais payer ça très cher. Bon bref, il faut que j'avance, l'épisode de la piqûre d'insecte me semble clos, je trace.

Nuit confort

La nuit, c'est royal. Déjà, j'ai mon éclairage de champion. Ouais, enfin, je vois la route, yes! Bon, OK, c'est la nuit la plus courte de l'année et c'est limite pleine lune. On pris 2 ou 3 gouttes dans l'après-midi, mais rien de méchant, il fait beau, pas trop frais. En plus, luxe ultime, un des points de contrôle nocture se fait dans un bar-restaurant ouvert, donc, de nuit, pour l'occasion. Ainsi je peux non seulement manger mais en plus remplir mes bidons, à coup-sûr, sur le coup de minuit et des brouettes, heure à laquelle j'arrive à ce contrôle. Pour comprendre à quel point c'est important, il faut avoir vécu le stress, sur un long brevet, de se dire "je bois mes bidons maintenant car je meurs de soif et je fais le pari que je vais trouver un bistrot ouvert à la prochaine bourgade à 21h30, ou je commence à jouer au chameau et j'économise tout car le prochain plein ne pourra être fait que le lendemain à 7h30 au mieux dans une hypothétique boulangerie?".

Bref, je repars le plein dans les bidons, rassasié, et je croise Nicolas qui arrive au contrôle au moment où j'en pars. Il roule ce bonhomme, il roule! Je navigue au GPS uniquement, de jour j'ai le road-book en plus, mais la nuit la lumière de la frontale sur le papier blanc m'éblouis. Je me plante un peu, mais pas beaucoup. Et puis la fatigue me gagne. Je vais une première pause de 15 minutes. J'ai une nouvelle technique : je ne mets pas de réveil. La théorie : si je dors 4 heures de rang installé comme une m*rde n'importe où dehors dans le froid, c'est que j'étais fatigué et que j'avais besoin de dormir. Je ne suis jamais resté plus de 45 minutes ainsi. En général ça dure 10 à 20 minutes et l'avantage, c'est que je ne coupe pas le flux naturel du sommeil. Puis après avoir roulé encore un peu et croisé un ou deux cyclistes isolés, le sommeil me gagne à nouveau, je m'endors sur mon vélo et décide de faire une nouvelle pause, et j'innove cette fois-ci en dormant dans un lavoir. A priori on pourrai penser que c'est nul car humide. C'est vrai, mais, je suis sur un banc, avec 3 murs pour me protéger du vent, en contrebas, à l'abri des regards, avec de la place pour mon vélo. Que demande le peuple? J'y reste 30 minutes. En repartant, je croise un cycliste, qui, lui aussi, avait remarqué le lavoir. Il y a un ou deux passages où le GPS me sauve la vie.

Soleil, divin soleil

Le jour se lève, et ce qui se profile, c'est un petit déj à Mortagne. Petit coutournement désagréable à Mamers, on doit prendre la petite route et quitter la grosse route qui filait tout droit et me semblait, ma foi, plus courte, Le dimanche matin très tôt il n'y a pas grand monde. Bon bref, on s'en fout, mais ce dont je ne me fous pas, c'est le vent. Les petits coups de cul de Perche et des contreforts de la Bretagne ont bien usé la mécanique, et là, ce petit zef qui, l'air de rien, cogne en continu depuis l'Est-Nord-Est (comme par hasard, exactement où je vais...) est assez agaçant.

Je dévalise, comme prévu, une boulangerie à Mortagne. 2 pains au raisin, 2 croissants, 2 pains au chocolat à consommer sur place et un quart-quart maison entier "à emporter". C'est que ça consomme, un Christian. Je sais rouler loin, je ne sais pas rouler loin sans mettre du carburant dans la machine.

Le monde est petit

Bon, c'est le matin, le jour est levé, j'ai mangé, il reste quelques belles bosses à la sortie de Mortagne et après, ça sentira l'écurie. Je vois un groupe de cycliste. Des gars du brevet? Non, pas exactement. C'est le club des cyclos locaux. Et qu'est-ce qu'ils font à Mortagne les cyclos? Ils tiennent le ravito de Mortagne tous les 4 ans lors de PBP, cette blague! On échange nos anecdotes, ils sont très sympas. Je leur promet de leur passer le bonjour l'année prochaine au contrôle du retour. À l'aller il y a trop de monde, c'est le bordel. Mais au retour c'est plus intime. De chouettes gars, je leur dis merci de faire tout ça, et je le leur re-dis sur Internet aujourd'hui : merci les gars, sans des bénévoles comme vous, on n'irait pas bien loin.

Je profite de leur aspiration - pas de refus avec ce vent de face - et en profite pour me remotiver à rouler un peu plus vite. Ils bifurquent à un moment (c'est sûr, Chevreuse c'est un peu loin pour une sortie du dimanche matin...) et juste après je croise un autre cyclo. Enfin, un autre cyclo me rattrape. Et vous savez qui c'est? C'est le passant avec qui on a discuté à Mortagne la veille, sur le trottoir en face de la boucherie-charcuterie. Fort de café! On cause un peu, et puis nos routes se séparent.

Final sans chichis

Le soleil commence presque à cogner, toujours le vent de face, je suis définitivement en retard pour le rendez-vous chez ma belle-mère. Le déjeûner c'est rapé, j'espère tenir le goûter. Tout cela me rend d'humeur chafouine. Je peste un peu et tente d'appuyer vigoureusement sur les pédales car comme l'adage populaire le dit "plus qu'j'pédale moins fort, moins qu'j'avance plus vite". Et inversement.

Retour galère tout de même, la Beauce avec le vent dans le nez, c'est une purge. Et même sur la toute fin, le plat entre les 17 tournants et la côte de Port-Royal (les spécialistes de Chevreuse apprécieront) est indigeste, impossible de décoller, le vent rabaisse mes ambitions au rang d'utopie.

Ironie du sort, le GPS me lâche (les piles...) 200 mètres avant le point de contrôle final. Je le trouve quand même, hein, faut pas non plus être esclave de l'électronique ;)

Mon vélo fait apparemment sensation, il me reste 10 bornes pour rentrer au bercail et récupérer ma famille. Plus les 30 bornes à l'aller pour rejoindre le départ, et les 605 kilomètres du brevet (tempos officiel 35h15), et les quelques bornes que j'ai faites en trop par distraction en chemin, je dois approcher les 650 dans le week-end. Le but de ce brevet était de ne pas perdre le pli, ne pas oublier ce que c'est que de rouler de nuit. C'est bon, j'ai pas oublié.

Et maintenant, repos, jusqu'à la prochaine fois.

EDIT : j'ai reçu la roue avant avec dynamo ce jour, soit 3 semaines de retard.

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Mis à jour le mercredi 02 juillet 2014.