CR 24h marche de Saint Thibault Des Vignes

Pourquoi ce choix?

Oui, pourquoi faire un 24h le week-end des 5 et 6 octobre 2013, seulement deux semaines après la Race Around Ireland et pourquoi à la marche et pas en courant comme à mon habitude?

Il y a plein de raisons, je pourrais vous raconter que c'est pour progresser sur 6 jours bla-bla-bla mais la vraie raison, c'est tout bête, c'est l'effet "coup de coeur". Mon premier contact avec la marche, ça a été aux 6 jours d'Antibes 2010 , plus particulièrement lorsque j'ai commencé à discuter avec Jacqueline Delassaux. J'ai commencé, à ce moment là, à tirer un bout de la bobine. Ensuite, j'ai eu l'occasion de découvrir la technique de la marche , un peu par hasard. Et puis, pour conclure, aux 6 jours du Luc je discute (encore une fois!) avec une marcheuse, qui cette fois s'appelle Sylviane Varin, et quand je lui demande "si je devais faire une course à la marche, tu me proposerais quoi?" elle me suggère d'aller à Saint Thibault des Vignes. Je prends rendez-vous, et décide de m'inscrire. La date ne tombe pas très bien pour moi, mais ce n'est pas le pire non plus, et puis c'est décidé, j'y vais, à force d'hésiter on ne fait jamais rien, donc je me lance.

Préparation

Bon, j'ai fait léger. J'ai fait léger parce que ma blessure du Luc tarde à disparaître (un releveur récalcitrant, côté gauche). Donc je cours peu. Par rapport à mon volume d'entraînement habituel, j'ai divisé par quatre (ce n'est pas rien...) mes distances en course à pied. Certes je fais beaucoup de vélo, mais ça ne remplace pas totalement. Depuis le mois de juin inclus, soit 4 mois en tout, j'ai fait un peu plus de 400km en courant et un peu moins de 100km en marchant "marche athlétique", toutes séances confondues. J'ai connu des préparations plus sérieuses. Mais je n'ai pas réussi à faire mieux, alors je prends le départ avec ça. Pour les curieux qui se demandent si je me suis tourné les pouces pendant tout l'été, non, j'ai tout de même cumulé 6300 bornes de vélo, et ça, c'est pas mal.

Le départ

Le parcours des 24h de Saint Thibault Des Vignes 2013
Un vrai parcours comme j'aime, dessiné au crayon. Et le comptage se fait sans dossard à puce, un vrai comptage humain qui ne tombe jamais en panne.

Le matin de la course, je finis fébrilement de préparer mon sac, je rentre quelques morceaux bien choisis dans mon casque balladeur MP3 (on ne sait jamais, si je fatigue la nuit, ça peut maintenir éveillé) et je prends le bus, que je rate de 2 minutes, je prends le tram, que je rate de 2 minutes, je ne rate pas le RER (ouf!) et j'arrive en gare de Torcy vers 12h10. Là, la fleur au fusil, je me dis que je vais en avoir pour 15 minutes pour aller au départ. J'ai donc 5 minutes pour m'acheter un sandwich (je n'ai pas encore déjeûné...). Enfin c'est ce que je crois. En fait de 15 minutes, il en faut plutôt 35. Je m'en rends compte un peu tard, et peu fier devant la somme de ces petites erreurs de jugement, je finis le trajet en courant comme un bourrin (sur le parcours, d'ailleurs) et pointe le bout de mon nez à 12h45, soit 15 minutes avant le départ. Il ne reste qu'un dossard, le mien. Je suis honteux, confus, d'arriver aussi à la bourre, et aussi un peu essouflé. Et là tout s'arrange, on me donne mon dossard, je m'habille, pendant ce temps on prend mon sac, on me l'amène sous un barnum (merci au club de Roubaix!), bref, malgré ma désorganisation, tout le monde se met en 4 pour que je puisse partir. Je ne fais pas dans la dentelle, j'enfile mes chaussettes du mauvais côté, ne mets de la crème que sur les pieds mais ni sous les aisselles ni au niveau des fesses. Le strict minimum, pas le temps de faire des chichis. Moyennant quoi, 5 minutes avant le coup d'envoi, je suis sur la ligne. Ouf, c'était moins une.

Premier contact

Bon alors, je suis parti trop vite. Oui bon, je sais. D'un autre côté, ma théorie était la suivante : que je marche vite ou lentement, musculairement, je ne suis pas prêt pour tenir 24h de mouvement répétitif. Donc de toutes façons, je finirai cuit. Autre aspect : avec la "caisse" que j'ai à force de courir et pédaler, c'est difficile pour moi de vraiment m'essouffler en marchant. Bien sûr que je craque quand ça va trop vite, mais je craque parce que les jambes ne suivent plus, parce que je n'arrive pas à les faire tourner assez vite, mais niveau respiration, système cardio-vasculaire et cie -> calme plat, ou presque. La partie basse ne suit pas, elle manque d'habitude, le haut n'a pas encore l'occasion d'être dans le rouge.

Donc bon, je pars à l'allure à laquelle je m'entraînes, à peu près toujours la même, ça doit être un petit 8 km/h.

Les avions attaquent!

Assez rapidement, je constate que le niveau est relevé. Mais relevé, relevé. Bon, il faut dire que la course héberge 3 courses en une. C'est à la fois un critérium 50 km, un championnat de 100 km, et un 24h. Sur le 50, forcément, ça va vite. Et sur le 100, ça rigole pas vraiment. Tellement peu que le record de France va tomber. Oh mince alors, la première fois que je vois ça dis-donc, un record de France qui tombe. 8h50 et de la mitraille, pour faire 100 bornes. Un énorme bravo à Bertrand Moulinet, tout simplement incroyable. Le précédent détenteur du record est là aussi, il s'agit de Pascal Kieffer, qui se voit donc coiffé de 5 minutes. Et puis ce n'est pas comme s'il n'y avait que ces deux là, car les 3 premiers sont sous les 11 heures. Les coureurs centbornards apprécieront ces performances à leur juste valeur, 100 bornes en "10 heures quelque chose" c'est pas donné à tout le monde. Mais à la marche... c'est juste énorme. Et pour conclure sur le sujet, les compétiteurs du 24h00 ne sont pas en reste, le vainqueur termine à plus de 200 km, le second a plus de 20 Paris-Colmar à son actif, et un concurrent de 80 ans réussira à aligner 143 km. Et moi là-dedans, je fais mon premier 24h00 marche. Ha ha, ha ha.

13:30

13:30, c'est le temps que je mets, grosso-modo, pour boucler les 100km. À ce stade, je suis fourbu, mais encore vaillant. J'ai mal aux jambes, mais ça je m'y attendais. Le ravitaillement de la course est juste comme il faut (eau, eau gazeuse, coca, jus de fruit, gâteaux, cachuètes, fromage) donc je n'ai pas de problème d'alimentation. La météo est parfaite, aucune pluie, pas trop chaud, pas trop froid la nuit non plus, je n'ai même pas besoin de me changer, il me suffit d'ouvrir ou fermer les fermetures éclair de mes maillots pour réguler le chaud et le froid. Le circuit est nickel - certains diront qu'il est dur, bon, franchement, je n'en connais pas de facile - et surtout *sans le moindre petit caillou qui traîne* donc 0 minute perdue à retirer le vilain petit caillasse de la chaussure gauche. Mon releveur qui me faisait parfois mal après les gros entraînements -> pfuit, je ne sens plus rien. On va dire que c'est guéri. Et mes pieds qui me faisaient mal après l'Irlande -> pfuit, je ne sens plus rien non plus. Enfin si, j'ai un peu mal, mais c'est dix fois moins pire que ce à quoi je me préparais.

Non franchement, rien pour me ralentir, tout va bien.

Simple nuit

Je discute un peu avec Jean, que j'avais rencontré aux 6 jours.

Je constate que mon rythme se tasse. J'hésite sur la marche à suivre. Dans tous les cas, c'est certain, je ne dormirai pas. D'ailleurs, je n'ai rien prévu pour cela, pas de duvet, aucun plan B, je passe en force, c'est gravé dans le marbre. Je décide, à partir de 4h du matin, estimant que vraiment, je ralentis trop, de mettre un petit coup de musique dans mes oreilles pour me réveiller un peu. J'ai évidemment une playlist infernale à réveiller les morts, et donc mécaniquement, je repars un peu plus vite. Un peu plus vite mais en en discutant avec des concurrents après coup, il se peut que j'ai été un peu limite niveau technique à ce moment. En gros, j'ai, à ce stade, les jambes en béton, l'absence de crème sur mon postérieur commence à se faire sentir (ça pique!) et sous les bras idem. Mais je ne veux pas m'arrêter 5 minutes pour gérer cela. En course à pied je me dirais, pas grave, je m'arrête 5 minutes mais je repars plus frais donc je cours un peu plus vite pendant 30 minutes et fais mon retard. Mais là, ce n'est pas possible, à 7 km/h j'ai l'impression d'être déjà "très vite", à 8 km/h je suis au taquet, il est inimaginable que je rattrape un quelconque retard. Donc, je me débrouille pour ne pas en prendre, de retard, et une bonne façon de faire c'est de ne jamais s'arrêter. Je fais des pauses pipi, et bois mes 2 ou 3 verres en enfilade à chaque passage au ravitaillement, et c'est tout. Donc bref, j'ai les jambes en béton, je fatigue, et je pense que ma marche devient imprécise. Il est possible que j'ai commis des fautes, quoique réellement, j'étais de bonne foi et tentais de marcher. Peut-être n'en ai-je pas fait. J'ai eu une petite remarque d'un juge en début de course (justifiée, elle avait raison, en côte j'avais tendance à plier un brin) mais pour le reste, j'ai fait pour le mieux, j'ai essayé de bien faire. Voilà.

Enfin bref, la musique me booste, et au petit matin, je l'éteins.

Dimanche matin

Je l'éteins et compte un peu sur la magie du jour qui repparaît pour me redonner la pêche et terminer "à l'énergie", comme on dit.

Cela fonctionne une heure. Deux heures. Et vers dix heures du matin, patatras. Je me retrouve vide, sans jus, tout cassé de partout. J'ai du mal à marcher, j'en ai ras la casquette de tendre ces p*tains de jambes vers l'avant, mon bras droit montre des signes de faiblesse - je bois désormais en tenant mon verre de la main gauche - et il me reste 3 heures à tirer. Je crois que j'ai un peu payé le contre-coup du tour d'Irlande deux semaines avant. 139 heures de vélo, ça fatigue son homme, et même si je pense avoir bien récupéré, le 24h, ça ne s'improvise pas sur un coin de table.

Enfin bref, c'est un moment difficile à passer, comme je le dis souvent, donc je patiente. Je vois les sympathiques frères Thévenet qui me distancent au classement et je perdrai même une encore une place peu avant midi, et passe donc de la 8ème à la 9ème position. Mais c'est sans regret. Dans l'état où je suis, si je force, c'est à peu près certain que je vais faire une erreur de technique, je n'arrive pas à mener de front l'aspect "respect des règles" et l'aspect "se rentrer dedans". Je n'y arrive pas, c'est pas si grave en soi, la prochaine fois je reviendrai mieux préparé, et j'y arriverai, point barre. Ce serait ridicule de faire une faute maintenant pour gratter 500 mètres.

Centurion

En attenant, à midi pile, la nouvelle tombe : après 23h00 de course, j'ai fait 162 km, soit 100 miles. Donc mécaniquement, je suis devenu "centurion", un terme qui désigne ceux qui sont capables de marcher 100 miles en moins de 24h00. Ça sert à rien mais j'aime bien ce type de marque symbolique.

La suite est sans surprise, je me fane et descend de plus en plus bas, mais comme la course est bientôt finie, c'est pas grave. Avec 167,7km je rate le symbolique 168km (soit 7 km.h) et aussi le 168,8km (4 marathons).

Mais ce n'est pas très grave, dans l'ensemble, ça ne s'est pas trop mal passé, j'aurais pu vivre un cauchemard si mon releveur et/ou mes pieds s'étaient rappelés à mon bon souvenir, mais ils se sont tenus à carreaux.

Remise des prix

Séquence émotion avec la marseillaise pour le vainqueur du 100 bornes qui bat donc le record de France. Et ensuite, très rapidement, séquence dodo pour moi, je m'assoupis sur ma chaise. Si bien que mon voisin doit me réveiller lorsqu'on m'appelle pour venir à côté du podium. Et une fois là, debout, je commence à voir un voile gris, noir, qui passe devant mes yeux. Oh mince, je m'accroche à l'épaule de mon voisin, on m'amène une chaise. Diantre, je crois que je suis un peu fatigué. Du repos me fera le plus grand bien. Au passage, mes mollets sont dans un état que je n'avais jamais vu, pour des mollets. Ils sont hyper douloureux, c'est du béton, on dirait des quadris après une descente en montagne. Intriguant.

Et maintenant?

Et maintenant, on continue la mission! Je pense que je vais repointer le bout de mon nez sur ce type d'épreuve. Pas forcément tout de suite, il faut 1) que je me repose et 2) que je me prépare un peu mieux mais clairement, ces épreuves ont du charme. En tous cas, celle-là en avait.

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Mis à jour le mercredi 09 octobre 2013.