CR Ronda del Cims

15 - 17 Juillet 2011

La moitié

Ronda del Cims. 170km, 11900D+. Je me suis inscrit à cette courses pour deux raisons. D'une part, elle respire la sympathie, petite organisation, gros parcours, fromage à volonté. Non, sans rire, la bête a l'air alléchante. Et d'autre part, comment dire, je me suis inscrit au Tor des Géants et certes j'ai tenté la Barkley mais depuis, pas beaucoup de trail, je compte donc sur cette Ronda comme super-méga entraînement de-la-mort-qui-tue afin d'être prêt fin septembre.

Captures d'écran

Bon, on va être franc, j'écris ce compte-rendu plus de 5 mois après les événements. J'ai déjà oublié pas mal de choses. Il me reste néanmoins quelques flash-backs importants.

Le descendeur malgré lui

Première descente et pfuiii, dis-voir, c'est que je tricoterais presque bien moi, hein? Non, c'est faux, je brûle juste mes quelques cartouches, dans quelques centaines de mètres (verticaux) je redeviendrai l'abominable bouse de descendeur parisien (pardon, argenteuillais) que je suis. Peu importe, c'est le matin, il fait beau, j'en profite.

Il court il court, le Clierzou...

J'ai croisé de nombreux UFO, un moment j'ai bien cru que j'allais pouvoir accrocher Clierzou63 mais en partant du ravitaillement, zut, crotte de bique, j'ai oublié mes bâtons. C'est certain, à force de ne jamais employer cet ustensile à l'entraînement, on fini par ne plus savoir comment s'en servir. En l'occurrence, il ne faut pas les laisser sur une table en bois en plein soleil et partir les mains vides. Demi-tour, je récupère mes bâtons, n'en parlons plus. Il n'a pas de jambes, le Clierzou, m'a-t-il raconté. Mouais, bon, il finira loin devant moi...

Tombe la nuit, tombé la nuit

La nuit est tombée, j'ai pu passer le point culminant de l'épreuve de jour. Je suis un peu inquiet car passé 2600 mètres, je souffle comme une locomotive. Cela n'est pas très rassurant, le mal des montagnes à moins de 3000, ça existe ça? Non, ce n'est clairement pas du mal des montagnes avec mal au crâne et vomissements, simplement je suis à court d'air, je suffoque, c'est (presque) la panique. Que faire? De toutes façons je ne peux pas rabaisser le parcours, donc je m'adapte, je ralentis quand c'est trop haut, mais vu le profil, ça me fait souvent ralentir. Peste soit de l'altitude.

Enfin bon, il fait nuit, et on s'apprêterait presque à descendre tranquilles lorsque des bénévoles nous informent qu'il faut faire attention. Hum, attention comment? Attention c'est pourri. Ah bon, attention alors... Je descends et, hum, oui, c'est pourri. Chaînes, cordes, tout y passe, je suis bien content d'avoir mes gants de vélo qui m'empêchent de me pourrir les mains sur les cordes.

Une fois la section sécurisée terminée, nous nous retrouvons sur une espèce de descente dans les bois, pas vraiment marquée par un chemin (il a du exister à une époque...) bien que plutôt bien balisée par l'organisateur. Une vraie boucherie. Je ne m'y attendais pas trop, du coup, mal préparé psychologiquement, nourrissant l'espoir secret que ce n'est qu'un mauvais passage de 50 mètres et que derrière ça va être fastoche, je perds ici un temps fou.

Quand j'arrive au (gros) point de contrôle en bas, cela fait des heures que je descends, j'ai du perdre une heure depuis le sommet par rapport à ceux qui en sont partis en même temps que moi. Bon, ben tant pis alors, à la bonne soupe, je vais manger un coup! Et remettre un coup de crème sur mes pieds.

On the road again

Je repars du gymnase avec Basile, qui pour une raison que je ne comprends pas trop traînait au dit gymnase. Assez rapidement il trouve que je vais trop vite. Moi je trouve que je me traîne. Bon, les points de vue divergent, nous nous séparons.

La montée la nuit sur un chemin de 4x4 est littéralement soporifique, je m'arrête pour dormir 15 minutes sur le bord du chemin. La théorie c'est que comme je m'arrête en montée, je peux facilement me réchauffer quand je repars car ça monte du coup je m'active. C'est bien la théorie. Et pour le coup celle-ci n'est pas débile, je repars à peu près bien, pas vraiment reposé mais mieux qu'avant. Basile ne m'a pas repris. Il a dormi aussi? Je ne sais pas. Je me sens un peu seul, il n'y a pas grand monde sur le parcours. Et toujours ces petits passages orignaux à travers les champs. Il est joueur cet organisateur-traceur. Je l'aime bien.

Natureland

Finalement, j'arrive au parc d'attraction local qui sert de base vie. Ambiance de fin du monde, c'est le petit matin, j'apprends que je navigue dans les 30 - 40 premiers (de mémoire). Hum, mais on ne serait pas 150 au départ? Je n'ai pourtant pas tant d'avance que ça sur la barrière horaire. Mon estimation à ce stade : pas plus de 50 finishers cette année, les autres seront hors délais. La suite prouvera que je n'ai pas complètement tord.

Dans tous les cas, je fais le plein de gros café, je fais changer les piles de ma balise (j'ai été identifié comme "gros potentiel" sur la course, suite à mes frasques au déca à Monterrey), et je repars.

A grosses gouttes

Il fait bigrement chaud en cette journée de juillet, la montée qui m'occupe en cette fin de matinée est un calvaire, je n'ai pas assez à boire, j'ai chaud, j'ai soif, heureusement il y a une fontaine avec des autochtones sympathiques à mi-chemin, mais dans l'ensemble, c'est franchement pas une partie de plaisir.

Arrivé à ce que je pense être "le ravito", je croise un copain coureur assis. Qu'est-ce que tu fais là? Il serait presque en train de téléphoner à sa copine pour lui dire qu'il va abandonner. En fait le ravitaillement est plus loin. Je lui explique que si le ravitaillement est plus loin, il faut aller plus loin, pour manger, et ne pas rester ici, car ici il n'y a rien. Ah, la bonne logique à tonton Christian. On part ensemble. Je suis vané, mais finalement convaincu de vivre une belle aventure, et je ne me trompe pas.

Je continue un peu avec mon compagnon de route, mais très vite il me distance, je n'arrive plus à le suivre. J'ai bien fait de le remettre sur les rails celui-là, avec la pêche qu'il a!

Fin d'après-midi, je me traîne jusqu'au ravitaillement, un refuge assez haut dans la montagne. Je suis rincé, foutu, cuit, je n'avance plus. Je rentre à l'intérieur et j'ai l'idée de m'allonger un peu. Au moment où je me couche je sens ma tête qui chauffe, j'ai l'impression que je vais éclater, j'ai chaud, mon dieu mais j'ai chaud. Je décide que vu mon allure, je ne risque rien à m'arrêter un peu, il me reste une grosse nuit à négocier, autant ne pas jouer au héros...

Je pense avoir visé juste, je me réveille les idées plus claires, j'ai du éviter le coup de chaud. Ouf!

Les vaches

Bon, soyons clair, normalement, j'ai toute ma tête. Normalement. Mais là, sur cette course, il se passe des trucs bizarres. Des trucs qui remontent. Je ne suis pas fou, je suis déjà passé là non? Je crois reconnaître cette vallée, j'y suis déjà allé. Je jurerais que j'y suis allé en famille. Mais quand? Je ne me rappelle pas avoir mis les pieds en Andorre... Et comment cela se pourrait-ce? Mais cette vache, je reconnais son cri, oui, on dirait que, heu, bref, que Monsieur Taureau s'occupe de Madame Vache. Non c'est pas possible... et pourtant le souvenir remonte fort. Je n'y comprends que pouic. Dans le doute, j'avance.

Trop de sollicitude tue la sollicitude

J'arrive enfin à la deuxième grosse base vie. Un peu glauque comme endroit, je viens de me taper une bonne tranche de descente en pierrier avec au loin les télésièges. Surtout je descends vraiment trop lentement, c'est à la fois ridicule car je descends presque plus lentement que je ne monte et c'est fortement désagréable.

Mais enfin je suis à la base vie.

Et je papote, je papote, et je raconte mes aventures, et voilà-t-y pas que je cause à propos de mon "coup de chaud" de l'après-midi. Erreur. Erreur grave. Le bénévole qui tient la boutique prend le problème au sérieux, téléphone à un médecin, propose qu'on m'emmène à l'hosto pour faire des examens. J'ai envie de lui dire "bon, hé, hein, c'est juste un coup de chaud, et puis c'est passé c'est arrivé il y a 6 heures il fait bientôt nuit, je me suis reposé j'ai bien bu n'en parlons plus". Mais il n'en démords pas. Je suis bien embêté car il se met en quatre pour m'aider, mais moi j'ai surtout envie de dégager le terrain rapidement.

Bon, je coupe la poire en deux, je vais aller voir la podologue, et en attendant que la podo soit libre, je fais un petit somme. Peine perdue, dès que je m'assoupis, il me réveille "ça va Christian?". Il doit avoir peur que je fasse une syncope. Il est écrit que je ne dormirai pas ici ce soir. *soupir*. La podo regarde mon pied. Il y a une espèce d'ampoule qui a éclaté, pas très très glop. Elle me demande ce que j'aurais imaginé faire? Moi, j'avais prévu de mettre 20 tonnes de Nok et replonger mes pieds dans des chaussettes propres. Elle pense que c'est une bonne idée. Je fais ça.

Tiens, Basile est revenu sur moi! Apparemment, côté pied, chez lui, ça ne se passe pas très bien. Zut.

Et là je vais pour partir. "Ah mais attendez vous n'allez pas y aller seul?". Comment ça, c'est une course par équipe? "Non mais il fait nuit." Hum, j'explique que je suis grand, majeur, vacciné, que je vais y aller, prudemment, mais je vais y aller. J'ai du passer une bonne heure dans ce traquenard, enfin, je suis libre!

Ceci étant, ne vous méprenez pas sur mon propos, tout le monde là-bas était d'une sollicitude et d'une gentillesse rare, simplement, là, j'avais autre chose à faire que de me faire dorloter.

Au radar

La suite est très... solitaire. Je vais seul avec ma frontale, à travers les champs. Il n'y a pas, il n'y a plus de chemin. Je monte dans les herbes et suis les petits points lumineux des balises qui ressortent grâce à ma frontale. Et ça dure, ça dure une éternité. Une petite côte en pente douce, où je n'arrive pas à prendre mon rythme, sans cesse en train de trouver mes pas dans la végétation.

Une fois en haut, il fait fraîchou, un petit vent nous ravigotte, je pointe et repars à la descente mais... problème je suis dans le nuage, et n'y vois que pouic. Je finis par m'arrêter, préférant attendre le passage des suivants (je sais qu'il y en a pas trop loin derrière) plutôt que me perdre définitivement la nuit en pleine montagne. Ils arrivent, je leur emboîte le pas. Ils n'y voient pas mieux que moi mais à plusieurs ils font moins d'erreur. J'essaye de les suivre en vain, mon rythme en descente est calamiteux.

Arrivé au ravito suivant, en bas, on m'attend avec impatience, la base vie précédente a prévenu qu'un "cas" allait arriver. Je dédramatise, mange, et m'apprête à repartir. "Alors vous n'abandonnez-pas?". Non, je n'abandonne pas, je ne sais pas qui a lancé cette idée nulle archi-nulle mais non, je ne lâche pas le morceau. Pas aussi facilement en tous cas.

Toc-toc

En lisant Bernd Heinrich, "Why we run", on apprend que pour faire de l'ultra, il faut avoir le bon profil psychologique. C'est-à-dire, il faut être un petit peu fou.

En l'occurence, en partant de ce ravitaillement, je crois reconnaître la montagne. Je suis déjà passé par là. La suite de la conspiration des vaches de tout à l'heure.

Si si, c'est certain. J'entame cette (belle) montée tout en cherchant dans ma mémoire ramollie (liquéfiée, à ce stade) des bribes d'information qui m'aideraient à faire le lien. Chemin faisant, je perds les pédales. Je monte une histoire de cavaliers qui me poursuivent, auxquels je dois échapper. Pour cela il me faut aller de balise en balise. En même temps Valérie m'a confié une mission de maçonnerie, je dois construire une maison en brique qui soit aussi virile que cette montagne. Hum, tout cela a-t-il un sens? Je vous laisse juge. Dans tout ce fatras de pensées parasites, je garde tout de même les pieds sur terre, et m'astreint à aller de balise en balise. Il s'agit d'assurer!

Et puis ça continue, oui, la montagne, là, je la reconnais! Ce chemin qui pars en travers sur la gauche, je l'ai déjà vu! Un passant (y'a des tarés qui zonent dans la montagne à 6h00 du matin?) me demande "vous faites une course?". Je réponds par l'affirmative. "Alors vous devez être le dernier!". Heureusement que j'ai passé l'âge de me vexer pour ça.

Je monte donc, et puis on vire à droite du gros pâté, et c'est la montée finale, l'estocade, le clou, le... oh putain, c'est certain, je suis passé là, cette montée, aouch! Pour X raisons j'associe cette montée à un ordre de moines qui aurait tracé le chemin à force de patience et d'abnégation. Je perds la boule, mais maintenant, il fait jour!

Déjà vu

Bon, alors là, plutôt que d'admettre que je suis fou, je décide d'essayer de deviner ce que va être la suite de la route, plutôt que de me laisser surprendre et de dire après coup "je le savais, je suis passé ici".

Et ça marche, j'anticipe quelques passages, du coup j'ai la confirmation, bien réelle cette fois: j'ai déjà mis les pieds dans cette montagne. Quand, et pourquoi? Je ne sais toujours pas, je n'ai pas retrouvé de trace d'un compte-rendu de ce type dans mon blog, ça reste un peu mystérieux.

En tout état de cause, alors que je suis au sommet de la dernière descente, je reçois un SMS d'encouragement de la part d'Ultra-Stéph. C'est vraiment sympa de sa part. D'un côté je suis un peu déçu car vraiment je ne vais pas vite, d'un autre je crois que cette année, finir la Ronda, c'était déjà pas mal.

Fatigué?
Je marque le coup là? Oui? Non? Oh si hein, je crois que oui.

Je descends à la vitesse d'un ver de terre démotivé, au moment où je pense avoir récupéré une foulée digne de ce nom, tout fier de moi, un concurrent du 120km me double et me demande "tu as un problème, tu t'es foulé la cheville?". Le couteau dans le dos. Heureusement que je suis naturellement motivé, il y a des jours, je vous jure...

Le finish le plus long du monde

En famille
Pour la première fois de ma vie, je franchis une ligne d'arrivée avec Adèle, Lise et Garance.

Un petit mot sur le finish. Vous l'aurez deviné, j'ai reconnu les lieux, bon sang mais c'est bien sûr! Je suis à ce stade certain d'avoir fait au moins un "petit" trail dans le secteur, avec arrivée à Ordino, je n'en doute pas. Je reconnais ce final le long de la rivière, il ne s'oublie pas. Sauf que ce que j'ai oublié, c'est qu'Ordino est plus loin que ce que l'on pense, et j'ai l'impression pendant une heure d'être "arrivé dans 10 minutes" sauf que cette impression dure, dure, dure... Et Ordino est toujours un peu plus loin derrière le petit bout de montagne, là-bas.

Démoulage
Oh, comme ils sont beaux les pieds à papa! Et ils sentent la rose, en plus.

Bon, ceci étant, je suis très content de franchir la ligne, et pour la première fois de ma vie, je franchis la ligne avec une de mes filles sur les épaules, et les autres qui courent (ou marchent?) à côté de moi. J'ai les pieds tous pourris, les jambes en béton, mais bon sang qu'est-ce que je suis heureux.

Allez, maintenant la suite: PBP !

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Copyright © 2012 Christian Mauduit. Document placé sous licence GNU FDL.
Mis à jour le mercredi 29 février 2012.