CR Ecotrail

14 mars 2009

L'Ecotrail, AKA Trail de Paris avec 80 bornes et 1500m de D+ au menu, est en train de devenir un petit incontournable parisien. Certes c'est pas de la haute montagne mais ça reste une sacré chouette ballade.

Le déguize

Le patron
Simple à découper, suffit de suivre le modèle en rajoutant 10 cm autour.

Pas question d'y aller en civil. Après avoir enfilé le costume de Super Débile en 2008 je me devais de marquer le coup en 2009. Problème : pour marquer le coup, il faut se distinguer. Logiquement, après avoir ouvert le feu en 2008 donc, plusieurs autres coureurs devraient avoir l'idée de se déguiser aussi. Il faut que je frappe plus fort. Comment faire? C'est évident! Il suffit de faire un déguisement pas pratique du tout, un truc dont les spectateurs et les copains coureurs se diront "mais il est complètement givré ç'ui là de se ballader avec un truc pareil?". Une dizaine de jours avant l'épreuve, je vais chez Dreyfus acheter du tissus. Au départ je pensais me déguiser en ours, mais finalement je ne trouve pas de tissus ad hoc. Et puis faire une tête d'ours ressemblante, c'est pas facile. J'hésite avec les fourures léopard, mais c'est trop banal, téléphoné. Finalement je craque pour une espèce de moumoutte acrylique pas trop chère, j'en prend 4 mètres de bleu ciel, 1 mètre de blanc, objectif "Lapin Bleu".

Technologie
La couture à la machine, y'a pas dire, c'est efficace.

Petite remarque, un bon déguisement de course à pied, ça ne se bâcle pas. Mon déguisement d'Obelix au marathon de Paris ne paye pas de mine mais il est doublé en lycra sur tous les endroits sensibles. Idem, là, je ne porte pas la moumoutte à même la peau. Non, j'ai "fixé" le déguisement sur une cote blanche (genre truc de bricolage) en coton. Avantage, c'est indestructible. Quoiqu'il advienne le déguisement restera en un seul morceau. Deuxième avantage, on ne sent pas le "piquant" du synthétique 1er prix, on est en contact avec du coton. Inconvénient, c'est plus lourd et surtout ça prend l'humidité, la transpiration, et ça sèche très mal. Je prends le risque, je mise tout sur le beau temps. S'il pleut, inch' Allah, j'aviserai, en attendant, je prévois le beau temps. Je reste convaincu qu'avec un déguisement "du commerce" ce genre de blague est quasi-impossible, il faut du sur-mesure, adapté à la course, capable de tenir 10 heures de frottements intensifs. En l'occurence j'ai passé une après-midi et deux soirées à coudre dans tous les sens, au total une dizaine d'heure. J'ai pas chômé.

Chantier
Vu générale du bordel ambiant pendant la confection du bidule.

Derniers préparatifs

Les oreilles
La découpe des oreilles, on voit aussi le casque avec ses deux bitoniots en plastique rivetés pour que ça tienne bien en l'air.

4 jours avant la course le déguisement est enfin prêt, je peux commencer ma cure de sommeil express d'avant-course. Pas facile car tout le monde est malade à la maison, on collectionne grippe et fièvre. Moi-même je n'en mène pas très large, je suis tout flagada, j'ai des espèces de douleurs diffuses dans les ischios et au niveau des fessiers, je ne sais pas ce que c'est mais à chaque réception, dès que je saute, ça me fait franchement mal. Ca fait mal aussi au repos, à l'arrêt, je mets ça sur le compte du stress. Vraisemblablement je suis tout simplement un peu malade (!) mais je dois avoir du mal à l'admettre. Pas possible de me faire avoir comme ça juste avant l'objectif, tudiou!

Départ

J'arrive à la base de loisir presqu'un peu à la bourre. Je ne traîne pas, me mets dans la file des coureurs qui va partir, dis bonjour aux têtes connues, et c'est parti! Valérie et les filles sont là pour m'applaudir, cool. Départ sans surprise. Le déguisement est très "courable". Pas de soucis entre les jambes, au niveau des cuisses et des mollets ça passe tout seul, normal j'ai bien étudié la question, cousu là où il fallait, j'ai, sinon tout prévu, au moins bien géré. Le casque qui tient les oreilles est assez confortable, pas de soucis. Bon, je ne vous le cache pas, ça tient chaud... Ce qui me tracasse, c'est ma douleur aux jambes. Rien à faire, ça part pas. Impossible de courir décontracté, j'ai mal partout, c'est pénible. Je me traîne à 10km/h maximum et je suis dans l'impossibilité totale d'allonger la foulée. Zut alors.

Je croise mon copain "Big Moustache", lequel m'appelle Albert. C'est une figure connue de la base de loisir de St Quentin, avec lequel j'ai sympathisé, forcément, à force de courir quasiment tous les midis ici, il finit par me reconnaître. Je discute avec des copains coureurs, fait le clown (c'est pas très difficile) et quand on me pose la question "ça tient chaud?" je réponds la vérité "oui, ça tient chaud". Assez rapidement néanmoins la chaleur devient un problème mineur. C'est surtout le poids qui est pénible. Mais le déguisement se trempant de sueur à l'intérieur, ça refroidit bien son bonhomme aussi. Je ne me plains pas trop, ça pourrait être pire. Je souffre dans les descentes, avec les chocs, l'arrière de mes cuisses me fait souffrir le martyr. Toujours mes douleurs d'avant course qui ne sont pas parties. Bon sang mais d'où ça vient ce truc, là c'est plus du stress, enfin?

Buc
1er ravitaillement au km 21, à Buc.

A force de patasser, on rejoint le premier ravito. C'est blindé de monde. J'y suis en 2h15. Tiens, 21km en 2h15, comme Valérie la semaine dernière. Je pense à elle. Je bois plein de coca. Glou glou glou. Je sais que le prochain tronçon va être long. Je jette une carotte (j'en ai emmené 3) histoire de lâcher du lest. J'essaye de manger. Bof, ça passe pas trop. J'ai les boyaux en vrac. Je passe au petit coin. Je profite qu'il y a des vraies toilettes avec une cuvette et tout le tralala parce que dans les bois avec un déguisement de lapin c'est pas très pratique ces opérations. Rien que pour me déshabiller et me rhabiller ça prend des plombes. Je repars glacé, le déguisement trempé qu'on a laissé 10 minutes hors de contact de la peau, ça pardonne pas.

km21 - km50

J'ai super mal aux pieds. L'horreur totale. J'avais pourtant mis des chaussures à toute épreuve, mes braves Saucony que j'avais au Spartathlon , mais pour une raison inexpliquée, j'ai l'impression que depuis 10km je risque l'ampoule sur l'intérieur des pieds. Du coup j'ai inconsciemment adopté une position antalgique et maintenant, c'est la catastrophe, j'ai mal à la voute plantaire, impossible de courir, je dois marcher. Je commence à trotiner, j'essaye de détendre mes pieds, de les allonger au maximum dans les chassures, tant pis pour les ampoules, c'est peut-être une mauvaise peur. Du calme, du calme. C'est bien beau de donner des conseils et des leçons de calme sur Internet - derrière un clavier tout est facile - mais là je dois gérer, point. Miracle, ça commence à passer. En 5km, ce n'est plus qu'un mauvais souvenir, ouf.

Au passage je croise une concurrente aveugle, avec son accompagnateur. Pour lui prouver que je suis un vrai lapin et que je ne bluffe pas, je lui offre une de mes carottes, et elle me touche la queue. Car oui, la petite queue blanche, route, douce et soyeuse qui ballote au rythme de la foulée, c'est la petite touche à laquelle vous ne pouviez pas échapper.

On sent que le parcours boucle sur lui-même car dès le 35ème on entend tout le ram-dam, musique et compagnie, du ravitaillement du 50ème. En ligne droite, c'est pas loin. En suivant le parcours, c'est moins facile. J'essaye de manger le chocolat noir que j'ai emmené, la fameuse "réserve alimentaire" obligatoire. Car oui, j'ai tout le matériel obligatoire sur moi, y compris les deux lampes, les piles de rechange, la veste pour le mauvais temps (qui me sera d'un piètre secours si mon déguisement est trempé et imbibé de 10 litres d'eau...), la bande, tout y est. Mais bon, pour en revenir au chocolat, ça passe pas. Je tente les fruits secs (assortiement apéritif), et là c'est mieux. Je coupe à l'eau plate. J'ai franchement soif. Oui, j'ai vraiment soif. Alors je bois. Et j'avance pas vite. Je rame dans les descentes et sur le plat je ne peux pas allonger la foulée à cause de ces foutues jambes qui font mal de partout, et en côte le poids du déguisement suffit à calmer mes ardeurs. Donc je me traîne, et au 46ème (à vue de nez) je suis à sec. Là j'ai une bonne demi-heure à passer, vraiment pénible, sans la moindre goutte. J'ai chaud et j'ai soif, j'en peux plus, j'ai la gorge sèche, j'ai pas de jambes, j'ai connu des jours meilleurs. De loin, j'entend la fanfare qui joue. Chouette ils ont un souba! S'y faut je pourrais pousser la note?

Trotte trotte petit lapin
Succès garanti, tout le monde voulait me tripoter le pompon.

Arrivé au ravito, on m'apprend que Paulo est passé pas longtemps avant. Grand bien lui fasse, là j'ai surtout soif. Je bois un ou deux cocas pour étancher ma soif. Puis j'en bois 4 autres (ceux-là je les ai comptés). Je m'approvisionne en autres articles divers (gâteaux, eau plate, banane), puis reviens vers le coca. Et hop encore un ou deux pour la route. Au total 7 ou 8 verres, on peut le dire, j'aime le coca ;) La fanfare a fait une pause, j'essaye rapidement de voir si on peut la ressuciter, mais non, c'est pas le bon moment. Tant pis pour moi, j'avais qu'à arriver avant. Je demande s'il y a des toilettes. Non. Argh, pas pratique, mes intestins sont en meilleur état mais je ferais bien une pause technique quand même. Je verrai plus tard, en route!

km50 - km 65

Je vais plutôt mieux, j'ai bien, mais alors vraiment bien mangé, bien pu, j'ai tous les pleins à ras-bord, ça va mieux! J'y vais cool en sortant du ravito pour me laisser une chance de digérer, puis j'embraye. D'ici au ravitaillement suivant, il y en aura pour 1h45. Entre les deux, la nuit tombe. Comme l'année dernière d'ailleurs, sauf que l'année dernière j'allais bien plus vite et que j'avais une heure d'avance. Mais l'épreuve avait eu lieu un mois plus tôt. Je ne vais pas si mal, toujours pas la forme olympique, je suis pris d'une certaine lassitude, j'en ai un peu ras la casquette d'avoir ces jambes qui font mal aux endroits inhabituels (l'arrière des jambes qui fait mal en descente, n'importe quoi...), et je me dis que c'est la dernière fois que je cours en lapin bleu. C'est lourd... Mais bon ça fait plaisir aux enfants, manifestement, ça les amuse ;)

On fait quelques tours de piste gratuits sur le plateau avant d'arriver au ravitaillement du kimomètre 63, et ça y est, j'y suis. Je bois comme un trou. Encore X cocas qui y passent. La bouteille de 150cl n'est pas un luxe. Au moment de sortir de la tente, un type de l'organisation me regarde avec un grand sourire "et alors le lapin, il est où son brassard réfléchissant?". Là c'est moi qui rigole. Je remets mon casque en position, et là le monsieur peut voir le fameux brassard, sur l'oreille droite. Et toc! Je respecte le règlement au pied de la lettre ;)

Peu après être parti du ravitaillement, vraiment, là j'en peux plus, je m'éclipse dans un fourré et hop, je fais ce que j'ai à faire. La petite touche écolo c'est que j'utilise essentiellement des feuilles mortes pour m'essuyer, mais tout de même, quelques kleenex sont un confort que j'apprécie. Pinaise avec le déguisement de lapin (la fourrure blanche!) c'est pas pratique. J'arrive à me rhabiller seul, ce qui n'est pas une mince affaire, le déguisement est trempé, et je ne suis plus très souple, les jambes un peu dures. Je repars tranquille, cet intermède m'a coûté 10 minutes.

km65 - km80

Là, pour une raison que je ne m'explique pas vraiment, quelques encablures après ma pause délivrante, je m'aperçois que j'ai pu vraiment mal aux jambes. Et puis après tout, tiens, à force de lambiner, il me resterait presque du jus. J'essaye d'augmenter la cadence et là, surprise, ça passe tout seul. Ha hou ha hou, excellent, je vais pouvoir me faire plaisir. Je file au ravitaillement suivant.

Là, je refais le plein de coca, de soupe, je me gave un bon coup, bois tout mon saoûl. Je pars tranquille, effectue 1km à allure modérée histoire d'encaisser un peu tout ce que je viens d'avaler, puis j'embraye à nouveau. Et hop, miracle, ça remarche! Je me fais vraiment, vraiment plaisir sur ce coup là. Tiens, mais qui voilà devant? Mais oui, c'est Paulo et Isabelle. Je les double et passe plein gaz, désolé les amis mais là j'ai envie d'arriver vite ;)

La quille
Presqu'arrivé, photo prise avant de monter les escaliers de la Tour.

Arrivé au pied de la Tour, Valérie est là pour m'attendre. Je l'entends mais ne la vois pas. Elle m'accompagne en courant. Ah OK, là, je la vois. Je ralentis pour l'embrasser, je lui dois bien ça, elle s'est déplacée pour venir me chercher, et elle supporte mes entraînements tout au long de l'année. J'aime bien cette arrivée de l'Ecotrail. La montée des escaliers s'effectue sans encombres. Du beurre. En plus, avec mes entraînements de musculation, je ne manque pas de puissance, ça va.

Bon, allez, je ne vais pas mentir, arrivé au niveau du photographe, je prends la pose. Merde alors, je viens de me taper 80 bornes avec 5m2 de moumoutte sur le dos, je peux bien faire le mariolle un petit peu, non?

Et si c'était à refaire

Clairement, il y a peu de chance que vous croisiez un lapin bleu à l'Ecotrail l'année prochaine. En tous cas, pas le même ;) Faut savoir se renouveler. J'ai des idées. Je ne sais pas si je les mettrai à exécution.

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Mis à jour le vendredi 10 avril 2009.