CR Embrun

Dimanche 15 août 2004

Bon, par quel bout commencer? Par le début tiens. Dès l'avant veille, en arrivant, on peut sentir que moi et mon papa, on forme un team gagnant et maxi-méga-organisé. Très concrêtement, on arrive au gîte et on constate que, contrairement à ce que m'a assuré Jean-Paul, il fallait amener son duvet. Du coup on se retrouve super malins, sans draps, avec une couverture pour deux, et évidemment les lits sont superposés. Bravo quel talent, le team Mauduit a encore frappé. Pour ajouter au tableau, après avoir vanté les mérites de la lampe - que dis-je, le projecteur - que j'ai acheté pour le GRR, je constate que c'était une très mauvaise idée que de la laisser à Argenteuil. Car ici dans un gîte paumé à 1300m d'altitude, dont l'électricité est fournie par des panneaux solaires, cet accessoire aurait pu être plus qu'utile.

Passons sur ces détails. Au gîte on mange avec 2 couples bien sympatiques. L'un est une fusée - tourne en moins de 12h - et l'autre a un peu le même profil que Jean-Paul. Ils en sont tous les deux à leur 11 ou 12ème participation. C'est rigolo de les écouter parler "et tu te rappelles en 199X là il avait plu et en 199X ceci cela blablabla". Henry - car ça semble être le prénom de notre vieux briscard de Créteil - soutient que Pierrot n'a participé (et donc finit) que 12 fois Embrun. Mon papa soutient que c'est pas 12 mais 14. Bon allez les anciens combattants qui c'est qui reveut des nouilles? Ambiance.

Le lendemain on va tranquillement poser les vélos au parc. Petite baignade le matin, j'achète des lunettes de natation car les miennes sont nazes, et j'achète aussi une paire de Montrail Diablo qui seront donc à mes pieds au GRR, une bonne chose de faite. Puis on retrouve le reste du club, Eddy et son fan club en particulier, qui dorment au même gîte que nous. En début d'arpès-midi je reserre tous ce qui ressemble de près ou de loin à un écrou ou une vis sur mon vélo. Tout a besoin d'au grand minimum un bon quart de tour, j'ai bien fait de vérifier. Par contre là où j'assure pas un caramel, c'est qu'en manipulant mon vélo, en sandales évidemment, je m'envoie un coup de pédale dans le pied. Bilan: l'ongle du gros orteil droit est explosé, j'arrache un carré d'ongle de 5mm de côté. Hum hum... C'est pas trop grave ceci dit, avec un bon pansement ça devrait passer. D'ailleurs les pansements on passe les acheter au Super U d'embrun, en partant pour le gîte. Au passage on s'achète 6 cornets de glace, 3 chacuns donc, mmm c'est bon la glace, miam miam. Petite bouffe le soir tranquille, j'aurais bien mangé du gratin dauphinois au lieu des pâtes mais je ne vais pas rouspeter sinon le cuistot ne va plus rien y comprendre: entre les triathlètes qui veulent des nouilles et ceux qui n'en veulent pas, comment s'en sortir? N'empêche que le gratin c'est meilleur.

Réveil à 4h. Même pas vraiment eu besoin du réveil en fait, j'ai dormi par tranches de 2 heures - 3 cycles à vue de nez - et donc à 3h55 je suis déjà réveillé. J'hésite à prendre une douche. Non c'est une idée débile je vais avoir les cheveux mouillés dans le parc à vélos, encore un coup à attraper froid. Café thé et tartines beurrées a gogo - je charge "raisonnablement" la mule - et hop départ. Un petit CD de disco dans l'autoradio, et direction Embrun. Arrivée dans le parc sans embrouilles. Tout va bien quand à 5h35 je m'aperçois que zob alors j'ai oublié mes lunettes de soleil dans la voiture. Argh! Je vais les chercher au pas de charge. Tiens au fait cette année (depuis l'année dernière il paraît) il y a des toilettes! Fantastique, on n'est plus obligés d'aller pourrir la digue, c'est un progrès incontestable. Le luxe quoi.

Parc à vélo
Avec Jean-Paul dans le parc à vélo, juste avant le départ. On stresse mais on cache bien notre jeu.

5h55, départ des femmes et handisport. Trop de la balle de partir en avance, comme ça 10 minutes plus tard tu te fais applatir par une meute de 600 sauvages dont les premiers sont armés de battoir les propulsant à 5km/h. Je jette un coup d'oeil au cardio: 80 pulsations par seconde. Un bon petit stress on va dire. Un petit pissou dans la combine avant la mise à l'eau et enfin le moment fatidique: 6h00 dépaaart! Bon sang mais qu'est-ce que je fous là? Plus moyen de reculer. Aïe les cailloux ça fait mal aux pieds. Et puis l'eau est froide. Bon allez plouf on y va n'en parlons plus.

Départ super tranquille en fait. Ce qui est bien sur ces distances c'est que les compétiteurs gardent un certain calme. Du coup ça castagne pas trop. Je prends mon rythme pépère. Après le ponton, sensation super agréable, j'ai l'impression de voler. Il y a des algues à un mètre en dessous de la surface de l'eau, c'est particulièrement agréable de nager là-dessus. On en oublierait qu'on est parti pour en baver pendant des heures. Premier virage à gauche et premier constat: je nage à gauche du peloton, donc à l'intérieur. Pas bon pas bon, c'est là que ça coince le plus. Moi j'aime bien me faire l'extérieur, quitte à faire quelques pourcents de distance en plus. Au moins je suis tranquille. Donc au deuxième viraga a gauche, je serre à droite et hop je suis comme un coq en pâte, j'ai de la place, le champ est libre, tout baigne. J'ai mal aux bras certes, mais c'est normal je suis très peu entraîné en natation. Donc j'y vais franco, tant pis pour les bras, ils ne me serviront plus beaucoup dans la journée donc. Fin du parcours. Pas trop tôt, pas trop tard. N'empêche que je n'en démordrai pas, 3800 mètres de natation c'est trop peu par rapport au reste. À côté des parcours vélo et natation ces deux tours de lac sont une véritable partie de rigolade. Dommage.

Transition natation vélo, mon papa arrive une minute derrière moi. Soit je me suis endormi pendant la première épreuve, soit il a cartonné. Un peu des deux en fait. Je perds un peu de temps à trifouiller mon pansement sur mon gros orteil du pied droit. J'enfile mes chaussures vélo sans chaussettes comme d'hab, mais surtout j'y laisse entrer plein de sable. D'ailleurs ma serviette est pleine de sable. Faudra que j'améliore mon organisation, j'ai réussi à tout salir en 30 secondes montre en main 8-) Allez hop départ vélo pas la peine de traînasser.

Premiers kilomètres, première côte. Tout le fan-club d'Eddy est là, j'en profite donc aussi. Très sympa. Je n'ai pas de compteur de vitesse car j'utilise très peu mon vélo de route (je m'entraîne avec un VTC sur des trajets maison-boulot) donc bon je navigue au jugé. Je sifflote en montant la côte "les oiseaux les plus beaux / ne sont pas les plus gros / j'en ai vu des tout p'tits / qu'étaient bien plus jolis". Sans les paroles évidemment. Je siffle voyez-vous. Chanson puisée dans le répertoire de comptines de ma fille. L'avantage de siffler en pédalant, c'est qu'on est sûr de ne pas partir en sur-régime. J'utilise tout de suite mon triple plateau. Je suis sur "à gauche toute - 1". C'est-à-dire que j'ai un pignon de rab à l'arrière et c'est tout. Ca passe bien. Il y a bien un endroit où c'est écrit 23% mais je n'y crois pas. En local sur 5 mètres peut-être, et encore. Enfin bon ça monte bien quand même. Tiens, un concurrent reconnaît les couleurs du Tri91. Il connaît Andrew et c'est son premier Embrun. Je lui donne tout ce que j'ai dans la catégorie bons conseils, à savoir: "la course commence à Briançon". La descente sur Savine est superbe. Le lac est un vrai mirroir sur lequel se reflète le soleil, et la vue plongeante sur le pont qui le traverse est imprenable. Dans ces conditions, tous les jours je fais du triathlon, c'est le pied.

Arrivée dans Embrun, il y un monde pas possible au rond-point avant de partir sur la route des traverses. Chanmé! J'ai rarement été encouragé avec autant d'ardeur. Ensuite, bon bien ensuite je commence à faire un premier état des lieux. J'ai mal aux jambes. Bigre il est un peu tôt pour avoir mal. Mais c'est un "bon" mal aux jambes. C'est le mal qux jambes qu'on a après 80km de vélo lors d'une sortie de 100km. Sauf que là le contexte est différent (moins de 50km au compteur, reste 140 à faire). Enfin c'est normal, je n'ai fais aucune sortie vraiment longue en vélo, j'ai moins de 1800 bornes au compteur depuis Janvier, il est normal que j'aie un peu mal. Ne surtout pas essayer d'accélérer donc. Normalement ça doit passer, c'est juste que les muscles sont limites mais tout le reste doit suivre, avec ma sortie de 80km / 12h à pied début Juillet, j'ai acquis la conviction que je tiens 12h sans gros problème, pas de panique! Et puis donc ce mal qux jambes c'est un petit mal aux jambes "de fond", il ne m'empêche pas vraiment d'avancer ni de forcer. Il est simplement là pour me rappeler que j'ai intérêt à me tenir à carreaux sinon couic je vais caler.

Enfin les premiers lacets peu avant Château-Queyras. Les fameux lacets avant le début de la côte. Hum hum. Je double notre vétéran bavard de Créteil, heureusement qu'il m'a reconnu sinon on se serait croisés sans se voir. Et donc l'Izoard. Je connais un peu le secteur pour l'avoir fait en vélo depuis Vars ou St Véran, et puis aussi je l'ai déjà monté en 1998 lors de mon premier Embrun. Premiers petits virages dans la verdure. Délicieuse suprise, il y a des petits moments de répit (comprendre: ça descend sur 30 mètres). J'avais oublié et c'est très agréable d'être surpris de cette manière. Autre surprise, beaucoup moins suprenante et surtout beaucoup moins agréable, mon mal aux jambes "pour faire joli" se transforme en bon vieux mal aux pattes, le vrai, celui qui précède le "arghhh j'en peux plus". Accessoirement, le soleil commence à cogner et je vois les gouttes de sueur tomber à la verticale depuis mon front direct sur mon bidon. Bon bon bon bien bien bien. C'est pas encore l'alerte rouge ceci dit, car jusqu'ici j'ai quasiment tout monté assis. Je teste la danseuse: impeccable ça fait nettement moins mal, ça monte tout seul, ça essouffle un peu mais disons qu'il me reste un joker. Et en plus j'ai toujours un pignon de rab à l'arrière. Que demande le peuple? Il demande des bananes et du coca, au ravito d'Arvieux. Miam slurp. La ligne droite entre Arvieux et Brunissard est cruelle. On croirait que ça ne monte pas mais en fait si. Aucun lacet mais la pente y est. Surtout le dernier tronçon après Brunissard, avant les lacets donc. Enfin je connais déjà, tout ceci est sans suprise, j'accepte donc sans broncher. Ensuite les lacets. Dans mon souvenir, on se dit 3 fois de suite "ça y est c'est fini maintenant c'est la casse déserte" et 3 fois de suite on est déçu. Souvenir confirmé. 3 fois de suite. Ou peut-être que 2 cette fois. Enfin bon je ne suis pas fâché d'arriver à la fin de cette satanée forêt. Petite descente, photo, et enfin les derniers lacets. Dans mes rèves les plus fous je m'étais dit que si j'étais en forme j'allais allumer "pour le fun" dans ce secteur. En fait d'allumer, je mets modestement tout à gauche, et j'arrive tranquille pépère, un peu à la ramasse quand même, mais dans les temps. Mon papa m'a dit qu'il fallait y être à 12h30 pour être bien sûr d'arriver dans les délais au vélo. Il est 12h15, tout baigne.

Casse Déserte
Un champion entre seul dans la Casse Déserte qu'y disaient. Bon, je ne suis pas vraiment seul il y en a des centaines devant... Vivement bientôt.

Au ravitaillement de l'Izoard, un type rale parce que le ravito n'est pas tout à fait à son goût. Il n'a pas ce qu'il veut quoi. À ce moment une bénévole lui fait remarquer: "mais vous n'avez pas de dossard, vous ne faites pas la course?". Réponse de notre énergumène: "non mais c'est pas grave il y en a assez pour tout le monde!". Quel con. J'ai un principe, j'essaye de ne jamais m'énerver en course, car c'est toujours mauvais pour la performance, mais je dois ronger mon frein pour ne pas lui rentrer dedans un bon coup. En plus il insiste. Quand on lui dit qu'il reste beaucoup de concurrents derrière, qu'il faut aussi que le dernier ait quelque chose à boire et à manger, il rigole en prétendant qu'on dramatise qu'on exagère, qu'il en restera toujours. Quel con. Mais quel con alors.

En route pour la descente. J'ai prévu de manger en descendant. Oui mais non. J'arrive pas à déballer mon paquet de cachuètes. Il faut les deux mains, ou au moins un main et la tête (les dents), c'est un poil technique. Prudence. Je m'arrête. J'ouvre le paquet de cahuètes. J'en fourre la moitié dans ma bouche, je macherai en descendant, ça c'est une bonne idée. Et ça marche. Je mange mon demi paquet sur plusieurs lacets. Pas exactement l'apéro le plus convivial mais c'est correct. Je ne donne pas un coup de pédale. Le plus dur reste à venir, je le sais. Je m'arrète un peu avant Briançon pour déballer un sandwich cantal - jambon de pays. Un peu trop salé en fait. Zut j'ai trop forcé la dose. J'en mange les deux tiers et recrache l'excédent. C'est biodégradable. Pas comme ces @$&$%^$%^ d'emballages de PowerBar et autres saloperies, qui pullulent sur le parcours. Les triathlètes sont em moyenne de fameux dégueulasses, reconnaissons-le.

Maintenant sur le parcours vélo c'est fini les strass et paillettes de l'Izoard. On est bien seuls. Un bon tronçon de grande route. Bouh c'est nul! En plus le vent souffle. De face évidemment. Je n'avance pas un caramel. Heureusement que je n'ai pas de compteur de vitesse comme ça j'évite les sanctions du type 18km/h sur le plat. Et hop ça remonte. Sur le profil papier de l'épreuve, on a l'impression que ce que je suis en train de grimper n'est qu'un petit "coup de cul". Ben tiens. Ben voyons. Je rame. J'avance pas. Quand par hasard il y a un bout de plat le vent m'ôte toute vélléité de relancer. Et puis j'ai mal aux jambes. Et puis j'en ai marre. Et puis je viens de voir un panneau "L'Argentière 5km". Nooooooooon!!! Pas ça! Je veux pas y aller. Je veux pas monter cette côte, c'est trop dur... Je passe donc l'Argentière. Et puis à un moment je vois la route qui tourne sur la droite. Instinctivement je ralentis. D'ailleurs les coureurs autour de moi font pareil. Pendant 100 mètres c'est le gros calme. OK j'ai compris on a tous eu la même idée: "c'est là". Bingo. Je reconnais tout de suite les lieux. Ça ne s'oublie pas. A gauche toute! Bon là j'ai droit à la danseuse, tous les coups sont permis. En fait ça passe pas si mal que ça car j'ai le braquet ad hoc - pas comme le type devant moi qui improvise des lacets sur une route droite - mais j'en ai vraiment plus qu'assez de monter des côtes et de descendre avec le vent dans le nez. J'en ai marre marre marre mais alors vraiment marre. Je sens que mes entraînements de 30 bornes à vélo ben c'est bien mais c'est pas idéal. Un spectateur: "c'est fini à 100m!". 50m plus loin: "plus que 200m!". Ça va on a compris...

Enfin une petite descente où je me fais plaisir. Ça descend assez raide pour que le vent ne puisse plus lutter. Cool. Puis l'aérodrome. Du plat donc. Bon sang mais ce vent il va continuer de souffler longtemps? Pas possible à la fin il ne s'essouffle jamais lui? J'enrage je peste mais rien n'y fait, les kilomètres il va falloir les faire tous, vent ou pas vent. Le retour par la route des traverse est assez désagréable. Toujours du vent. Et surtout j'ai les jambes bien éclatées, et je commence - erreur fatale - à me dire qu'il va falloir que je m'enquille un marathon derrière. Un quoi? Oh rien te pose pas de question, déjà tu montes Chalvet et après tu verras. Arrivée dans Embrun, on croise les coureurs sur le fameux "pont en fer". Et après ça monte. D'abord jusqu'à la gare, puis Chalvet. Quelle saleté cette côte. C'est vraiment cruel de faire ça, voir les premiers courir, puis seulement après monter la dernière côte, à vélo. Allez hop on y va. Un type dans la côte me dit qu'un gars du club (Eddy vraisemblablement) est devant, qu'il s'est arrêté cinq minutes. Aïe pas bon ça. Caler dans Chalvet c'est pas un signe de bonne augure. J'évite de faire pareil. Et enfin la descente. Ouf.

Je rentre dans le parc à vélo aux alentours de 16h00. C'est grosso-modo l'arrivée du premier. Je mets un pansement neuf sur mon orteil, bois une grande rasade de soupe industrielle, au poulet. Avec le soleil qui cogne dans le parc depuis des heures elle est juste chaude comme il faut. J'enfile chaussettes, chaussures, bob vert à pois bleus et yo on ze rode againe.

Comme à presque chaque fois que je cours un triathlon, j'attends le verdict: "à quelle vitesse vais-je courir?". La plupart du temps ma vitesse m'est imposée par la force des choses. Je demande à mes petites papattes "allez hop courrez!" et j'observe le résultat. Et aujourd'hui ouille aïe c'est pas glorieux. Je dois faire du 10km/h au mieux. Et ce n'est que le premier tour de digue. La première féminine est juste devant moi - avec un tour d'avance évidemment - et court à peine plus vite simplement elle perd beaucoup moins de temps aux ravitos. Moi je fais toujours de bonnes pauses aux ravitaillement. C'est mon style on va dire. Sinon je craque, et puis aussi je manque de m'étrangler en buvant. Je rattrape Eddy. Oulàlà il est mal. Je pense qu'il va finir mais il va en baver. Il court un peu moins vite que moi et fait des pauses de temps en temps. J'apprendrai plus tard qu'il a attrapé mal au dos en vélo. Dommage. Mais bon à court terme j'essaye de gérer mon petit problème à moi.

Chapeau de cowboy
A défaut d'avoir une foulée élégante, j'ai un beau chapeau. Et toc.

Il faut chaud. Pas horriblement chaud, mais clairement trop chaud pour courir "à l'aise". Courir "à l'aise". Concept qui m'est complèment étranger sur ce coup-là. Je me félicite d'avoir fait la "sortie Off de la Révolution", car avoir potassé le "je cours même pas fatigué même pas mal" pendant des heures, ben là ça me sert bien. C'est sûrement plus psychique que physique mais bon c'est redoutable.

En ville
Passage dans la ville d'Embrun. On l'impression que ça monte tout le temps, c'est ignoble. Heureusement commerçants et spectateurs sont au rendez-vous et nous soutiennent.

Arghhhhh elle est 2 fois plus raide et plus longue que dans mon souvenir la montée sur Embrun. Je marche la moitié du temps dans ce "petit" raidillon. Passage dans Embrun, devant les magasins, le fan-club, je commence à accuser un peu le coup. Je fais des calculs dans ma tête: si tu tiens à 10km/h quand tu cours, en tenant compte du dernier tour de digue, des pauses ravito, y'a p'têt moyen de tomber en dessous des 15h00. Un petit 14h40 par exemple? Allez ça se tente.

Ensuite les souvenirs sont un peu mélangés. Je me rappelle mourir à petit feu. Petit à petit je suis passé en 40km du stade "je fais des blagues au public je me trouve super drôle" au stade "je regarde droit devant moi, vivement que ça se termine". Je suis passé par tout un panel varié d'états de fatigues divers, la tendance étant évidemment plutôt à la dégradation qu'à l'amélioration. À un moment j'ai même eu super mal aux bras pendant quelques dizaines de minutes. J'ai eu aussi très peur de me mettre à gerber mon quatre heures, heureusement je suis passé à côté. Dès le deuxième tour je commence à avoir quand même quelques soucis digestifs. En fait c'est en bout de chaîne que ça coince. J'ai tout le temps envie de pisser et quand je m'arrête 3 gouttes sortes et ça me fait super mal version "aïe aïe aïe ça pique". Je perdrai un bon bout de temps et de moral avec ces pauses... J'arrive grosso-modo à courir à peu près tout le temps, sauf quand ça monte et au niveau des ravitos. Ça fait déjà pas mal de marche mais bon on fait ce qu'on peut. Je joue à l'élastique avec un coureur qui lui court nettement plus vite mais marche beaucoup plus. Dans l'ensemble je marche moins que la moyenne mais je cours plutôt plus lentement. Au final, très très honnêtement, ça se vaut 8-)

Je me rappelle avoir eu un sourire intérieur diabolique lorsque j'ai été aiguillé vers le 2ème tour. Un sourire en forme de "hin hin hin alors le marathon on fait moins le malin hein, je vais te bouffer tes sales 42,195km tous crus!". Le sourire n'a pas duré très longtemps. Le 2ème passage dans la côte avant le centre ville d'Embrun est pathétique. Je suis scotché. OK OK d'accord la Course t'as gagné c'est bon je suis cuit j'arrête de jouer au héros. Tu me laisse terminer quand même? Saleté de saleté de parcours. Je manque de m'étaler de tout mon long en traversant le pont en fer au 2ème tour. Heureusement qu'il y avait une rembarde. Comme quoi je dois bien traîner les pieds car pour s'accrocher dans une planche en bois qui dépasse d'à peine 1cm faut le chercher. D'ailleurs en essayant de taper dans les mains de gamins qui sont encore sur le parcours, j'ai mis tellement de dynamisme dans le geste que j'ai entendu derrière moi murmurer: "il est cuit". Vous n'avez pas tout à fait tord les mômes, je suis bientôt fini.

Un peu plus de 14h de course. Je regarde le balisage au sol, il reste 8km. Je pense dans ma tête "si je cours à 10km je peux arriver en moins de 15h". Le seul problème: je ne cours pas à 10km. Mais à 9km/h au mieux. J'enrage. Je me promets d'en mettre un coup sur le dernier tour de digue. Mais rien n'y fait, même en ayant l'impression de foncer comme un taré je ne n'arrive pas à tenir le rythme "moins de 15h". Je refais le calcul à chaque balisage au sol, et chaque fois la conclusion est la même: "si tu courais à 10km/h ça serait bon". J'en peux plus. On me passe un collier rose phosphorescent au dernier ravitaillement. C'est raté pour l'arrivée de jour. Dans le dernier mini raidillon à la fin de la digue, je marche un peu, et là Pierrot pointe son nez. "Alors, ça va?". "Ch'suis cuit...". "T'es cuit, t'es cuit, boaf tu verras à la Réunion!". Le GRR, parlons-en. Vu d'ici, depuis le dernier tour de digue à Embrun, ça paraît de la pure science-fiction de ramer dans la montagne pendant plus de 30 heures. Surtout que j'ai envie de dormir, de me coucher, et certainement pas de repartir pour un tour dans la pampa, complètement claqué. Je commence à entrevoir ce que ça doit faire que de partir trop vite sur un raid de cette envergure. Dans cet état à Cilaos, je ne donnerais pas cher de ma peau. Encore un coup à rester en travers planté dans la montagne.

A 1km de l'arrivée, je suis à côté d'un concurrent, il me dit que c'est bon on est en moins de 15h. Par acquis de conscience je lui demande "tu connais l'arrivée?". Il me répond que non. Je lui explique rapidement qu'avec le tour du parc à vélo, on est dedans, faudrait courir à 20km/h à partir de maintenant, ce qui n'est pas vraiment à l'ordre du jour... Je mets quand même un point d'honneur à terminer en courant à une allure potable. Je ne sprinte pas vraiment mais bon je cours plus vite qu'avant. Le public est assez fourni. Je ne suis pas fâché d'en finir. Je manque le "moins de 15h" mais c'est sans regret, j'ai vraiment essayé mais j'ai pas pu.

Arrivée
Allez, sans regret, moins de 15h c'était pas pour cette fois. Damned.

Une fois arrivé je me couche sur place. Un médecin vient me voir et me conseille d'aller sous la tente. OK j'y vais. Je refuse la perfusion car je n'aime pas les piqûres et normalement je me remets plutôt assez bien. Normalement. Ils me filent du Smecta car j'ai le bide en vrac. 1h après je me lève et sors. Je bois du thé et croque dans une pomme sur une terrasse, puis me dit qu'il est temps d'aller attendre mon papa sur la ligne d'arrivée. 10 minutes avant qu'il arrive je vomis la pomme le thé et sûrement un peu du reste à 3m de la ligne d'arrivée. Les secouristes commencent à me regarder d'un air drôle. Un instant je manque de me justifier en disant "non non j'ai rien bu!". Quel con. J'arrive quand même à délayer mon retour sous la tente en expliquant que mon papa arrive et que quand même je lui dois bien ça. Ah parce qu'il court aussi?. Ben oui Embrun c'est une épreuve familiale 8-) Au final je n'échaperai pas à la perfusion, je ne ressemble à rien, je m'endors tous les 1/4 d'heure, je manque de me faire pipi dessus car je dois y aller toutes les 20 minutes et j'ai énormément de mal à me retenir. Et quand j'explique au médecin que c'est moi qui conduis pour revenir au gîte ce soir, il ne me laisse pas trop le choix. Un grand bravo à toute l'équipe de médecins et de secouristes, tous supers patients et sympathiques.

Ah oui au fait, mon pseudo sprint à la fin de la course n'a pas été complètement inutile, car du coup à défaut de faire moins de 15h, je fais quand même moins de 5h au marathon, hé hé. Comme quoi faut jamais lâcher le morceau! Bon allez, rendez-vous l'année prochaine, même lieu même jour même heure 8-P

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Mis à jour le jeudi 19 mai 2005.