CR Iron Bresse

Bon, j'écris ce compte-rendu très longtemps après avoir couru la course (presque 10 ans!) donc bon, c'est imprécis. A commencer par la date. Je me rappelle vaguement que c'était au début de l'été, mais c'est tout. On va dire que c'était en juin n'est-ce pas.

Je me suis inscrit à cette course en vue de préparer Embrun . Ca paraît idiot de faire un IronMan pour préparer un IronMan. Mais ça ne l'est pas tout à fait. Embrun c'est non seulement la distance mythique, mais c'est aussi plein de cerises sur le gâteau, qui s'apppellent Izoard, Argentière, Chalvet, j'en oublie.

Or donc je m'aligne au départ en n'ayant jamais couru cette distance. Le plus loin que je suis allé c'est le marathon (à Paris ) et aussi un triathlon longue distance dit "C3" à l'époque. Ca se passait à St Jean de Luz . Quand même... 3800m nage, 180km vélo, 42,2km à pied, ça fait une sacré distance. Mais en même temps, à faire de voir Jean-Paul participer à Embrun, j'ai envie de savoir ce qui se passe dans la petite tête d'un type qui franchit la ligne d'arrivée. Je veux passer sous l'arche, faire partie du club. C'est une petite coquetterie que je ne me refuse pas, de pouvoir dire "je l'ai fait!".

Donc, comme je le dis, mes souvenirs sont flous. La natation, très classique. On ne sent pas vraiment la différence avec les 2500m d'un moyenne distance. C'est pareil mais en plus long. Fondamentalement, je pense que la distance natation des IronMan est sous évaluée, il faudrait faire 5000 ou 6000 mètres pour faire bonne mesure avec les autres épreuves. Mais bon.

Le parcours vélo est composé de trois tours, trois fois le même. Il faisait un temps superbe, voire franchement chaud. J'ai effectué ces 3 * 60km sans presque m'en apercevoir. Sans forcer, je suis parti très lentement. Curieusement, je constaterai après coup que j'ai ralentis sur les deux derniers tours, ce qui paraît contre-intuitif car j'ai eu l'impression de passer à la vitesse supérieure, au contraire. Je referai ce constat plus tard sur d'autres courses. Partir lentement et ralentir, telle est la seule solution pour survivre dans la longue distance... J'apprendrai aussi que certains coureurs ont abandonné sur ce parcours vélo. J'ai du mal à le croire, tout a l'air si simple quand on a le bon entraînement, qu'on est dans le bon jour, et qu'on gère bien sa course.

Départ à pied. Comme à tous les triathlons, on a vaguement l'impression d'être "scotché", passer de 30km/h à 10km/h, ça fait drôle. En plus, il fait très chaud, le soleil cogne et re-cogne... Le parcours à pied, c'est deux tours. Deux semi-marathons. J'appréhende la fin du premier tour. Vais-je être capable de relancer? J'y suis maintenant, à la fin du premier tour. Je renonce aux sirènes du parc à vélo, les spectateurs applaudissent, allez, c'est reparti pour un tour!

Et là, je crois que c'est fini. J'ai réussi à me motiver pour repartir pour un ultime tour de course à pied, ça y est, dans quelques heures, j'aurai bouclé la boucle, c'est dans la poche! Sauf que... c'est pas fini, il reste 21km. C'est donc environ 1km après le passage au stand que, dans une grande ligne droite, je décroche et commence à marcher. J'explose, littéralement. Démotivation totale, j'en peux plus, il fait chaud, trop chaud, j'ai les jambes cuites, je suis mort foutu, qu'est-ce que c'est que cette course de malades, qu'ai-je à prouver? Je marche. Je marche. Tant pis allez, je finis en marchant, décidé-je. Problème, au bout de 40 minutes de ce régime, je n'ai même pas parcouru 3km. A ce rythme, il me faudrait, voyons, 16 / 4 = 4. Quatre heures. Voir cinq, car avec 4km/h, je suis généreux, mon rythme est pitoyable, je suis une loque. Obligé donc de repartir à la course. Et c'est là que j'ai vu ce que c'est que la solidarité dans les fins de course longue distance. Certains concurrents que j'ai déposé au 1er tour à pied m'encouragent, et je finis par en accrocher un. On s'entre-encouragera jusqu'au bout. J'arrive donc à limiter la casse en cette fin de course, et termine dans les délais. Ouf. Pas fâché de la franchir cette satanée ligne. Ce T-shirt finisher là, je l'aurai bien mérité. Mon premier sur la distance. Je suis super content!

Mais j'aurai appris trois choses fondamentales dans cette course:

  1. il faut partir lentement, la devise "1er quart ballade, 2ème quart comme un entraînement, 3ème quart version compétition, 4ème quart tu te démerdes" deviendra mienne, et elle est, je le pense sincèrement, excellente;
  2. quand on décroche, on ne court pas à 80% de la vitesse prévue. Quand on décroche, on est à 4km/h, voire moins. Etre fatigué après 10h de course, c'est pas de la blague, il faut tout faire pour éviter ça, les 5 minutes gagnées en début de course en jouant au héros seront payées au centuple en fin de course;
  3. rien n'est jamais joué, on peut toujours se refaire une santé en cours de route, re-exploser plus tard, et c'est tout le charme de ces courses, ceux qui pensent que faire de la longue distance ça se résume à un entraînement en béton et une volonté de fer manquent le coche. C'est aussi les copains pour vous relever dans les moments difficiles, un peu de modestie, du pragmatisme, un brin de folie, c'est tout ça à la fois, et bien plus encore.

Faut y aller pour le savoir, ceux qui ne prennent pas le départ sont certains de ne jamais franchir la ligne d'arrivée 8-)

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Mis à jour le dimanche 20 avril 2008.